

60 - Adèle Charvet, mezzo-soprano
En novembre 2025, Adèle Charvet recevait l’Award de la Rising star – étoile montante – aux prestigieux International Opera Awards. Une consécration internationale couronnant effectivement un début de carrière impressionnant avec notamment Marc Minkowski, Raphaël Pichon, François-Xavier Roth, John Eliot Gardiner, Lahav Shani, Vincent Dumestre ou Julien Chauvin, et la liste ne cesse de s’allonger depuis.
Née en 1993 à Montpellier d’un père compositeur et d’une mère athlète, élevée à New York dans un foyer bilingue, Adèle Charvet a été révélée à l’attention internationale en remportant le concours de chant de Bois-le-Duc – s’Hertogenbosch – aux Pays-Bas. Dans la foulée, elle a fait ses débuts sur scène à l’Opéra d’Amsterdam dans Le Prince Igor, puis au Royal Opera House dans le rôle de Mercédès dans Carmen. Tout s’est enchaîné très vite depuis et, à 33 ans, elle a déjà incarné le rôle-titre de Carmen, mais aussi Ariodante, Angelina dans La Cenerentola, Cherubino dans Le nozze di Figaro, Rosina dans Il barbiere di Siviglia, Mélisande dans Pelléas et Mélisande, Stéphano dans Roméo et Juliette, Ascagne dans Les Troyens ou encore Charlotte dans Werther.
Très attachée au récital, Adèle Charvet forme depuis 2015 un duo avec Florian Caroubi : ils défendent un vaste répertoire de mélodies françaises, de Lieder et de songs, avec un accent particulier sur les liens entre musique et poésie. Le poète Frédéric Jacques Temple était son grand-père par alliance puisqu’il était le compagnon de sa grand-mère paternelle. Elle a aussi donné une série de concerts évoquant la mémoire et le répertoire de Joséphine Baker, mais se trouve tout autant à l’aise dans le répertoire baroque avec Haendel, Vivaldi ou Monteverdi.
Les disques d’Adèle Charvet sont publiés par le label Alpha : le dernier paru, Belle époque, enregistré avec le pianiste Florian Caroubi, est consacré à des mélodies de la Belle Époque signées Massenet, Debussy, Fauré ou leurs héritiers. Et le prochain, Endless Light, paraîtra début 2027 : enregistré avec la soprano Julie Roset et Le Concert de la Loge, il réunira des airs et duos de Haendel et de Vivaldi. Adèle Charvet sera du 6 au 17 octobre à l’Opéra de Lille pour incarner le rôle de Ruggero dans Alcina de Haendel, sous la direction d’Emmanuelle Haïm. Pour la suite de la saison, elle chantera Nerone dans Agrippina de Haendel puis Didon dans Didon et Énée de Purcell à Paris, Cherubino dans Le Nozze di Figaro à Berlin avant d’aborder en mai Poppea dans L’incoronazione di Poppea de Monteverdi à Toulouse. Et en juin 2027, quoi qu’elle dise de Verdi dans son Autoportrait, Adèle Charvet chantera sa première Maddalena dans Rigoletto à Séville.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
60 - Lionel BRINGUIER
Chaque semaine Nicolas Blanmont reçoit un artiste du monde musical pour brosser, le temps d'une émission, son autoportrait.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.


60 - Amandine Beyer, violoniste
Amandine Beyer, la coiffure, Stockhausen et le violon
Amandine Beyer le dit sans fausse pudeur : si elle n’avait pas été musicienne, elle aurait pu être coiffeuse. Et s’il le fallait, elle pourrait le devenir encore : elle coupe même les cheveux de ses proches. Heureusement, pour le grand public des mélomanes en tout cas, elle a aussi appris la flûte à bec, dont elle loue la simplicité, et surtout le violon, avec lequel elle a fait sa vie.
Formée au Conservatoire Supérieur de Musique de Paris à Sylvie Gazeau puis à la Scola Cantorum de Bâle avec Chiara Banchini, Amandine Beyer a aussi pris le temps d’un master en musicologie, avec un mémoire sur Karlheinz Stockhausen. Pourtant, si elle joue aussi de la musique classique et romantique, c’est surtout dans le répertoire baroque qu’elle s’est fait connaître.
Après avoir joué avec plusieurs ensembles réputés comme la Capella Reial de Catalunya, Café Zimmerman ou la Fenice, elle a fondé un premier ensemble – l’Assemblée des Honnêtes curieux , - puis, en 2006, Gli Incogniti, avec lesquels elle se produit toujours et qu’elle dirige. Car, Beyer le précise: elle est cheffe de son ensemble Gli Incogniti, mais pas cheffe d’orchestre. Elle n’aime pas particulièrement diriger, mais elle n’aime pas être dirigée par d’autres : alors elle dirige avec les mains dans la pâte, c’est-à-dire en jouant de son violon.
Elle a noué une collaboration régulière avec Anne Teresa De Keersmaeker et les danseurs de Rosas et, quand elle est sur scène avec eux, elle dit être au paradis, et même jouer pour les dieux de l’Olympe. Mais tout n’est pas nécessairement aussi lyrique quand elle s’exprime : sur la facture instrumentale et les Stradivarius notamment, elle bouscule volontiers quelques idées reçues avec un réjouissant franc parler.
Amandine Beyer est actuellement en tournée entre France et Japon. Son prochain concert en Belgique avec Gli Incogniti est prévu le 13 mai 2027 à Gand. Ses enregistrements sont publiés chez Harmonia Mundi ou chez Alpha.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.


60 - Sandrine Piau, soprano
Même si elle est d’un naturel plutôt discret, même si elle n’a rien d’une diva ni même d’une star – on ne trouvera pas sa photo en couverture des magazine people du Festival de Salzbourg et on cherchera en vain son nom dans la chronique mondaine de Paris Match ou l’Eventail -, Sandrine Piau compte incontestablement au rang des valeurs sûres dans le monde de la musique classique. Née en 1965 en banlieue parisienne, harpiste de formation, cette soprano qui occupe le devant de la scène depuis plus de trente ans et peut s’enorgueillir d’une bonne centaine de disques est pourtant venue au chant par hasard, presque à reculons. Il a fallu des pygmalions de renom – rien moins que Philippe Herreweghe et William Christie – pour la convaincre qu’elle avait sa place dans le monde lyrique.
Aujourd’hui encore, celle qui se définit joliment comme un clown triste partage sa vie entre l’opéra, où sa longévité impressionne – elle était encore au printemps 2026 sur la scène de l’Opéra Bastille pour la découverte de l’Ercole Amante de Bembo - , le récital en concert et le disque, où elle aime composer des programmes originaux. De Haendel qu’elle chérit entre tous aux compositeurs d’aujourd’hui comme Saariaho ou Dalbavie en passant par Mozart ou Alban Berg, Piau pratique volontiers le grand écart dans les répertoires. Et elle commente aussitôt: attention aux adducteurs !
Enregistré avec David Kadouch, son nouveau disque a pour titre Contes. On y trouve des mélodies de Hahn, Debussy, Ravel, Wolf, Strauss, Zemlinsky, Poulenc ou Chostakovitch, mais aussi de compositrices oubliées comme Jeanne Bernard (1895-1965), Wally Karnevo (1914-2015), Louise Didier (1872-1955) ou Ilse Weber (1903-1944).
Et comme Autoportrait revendique sa belgitude, mais pas seulement pour cela, Piau y parle particulièrement de la Monnaie : c’est, dit-elle, son théâtre de cœur, et elle s’y est produite dans neuf productions, de Pamina dans la Flûte enchantée en 2007 aux parties de soprano dans le mémorable Requiem de Mozart dirigé par Raphaël Pichon et mise en scène par Romeo Castellucci en 2022.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.


60 - Nelson Goerner
Pendant longtemps, Nelson Goerner est resté caché, bien malgré lui, derrière un autre pianiste portant le même prénom. Ah, le grand pianiste sud-américain qui se prénomme Nelson ? Et qui joue souvent avec Martha Argerich ? Et tout le monde pensait au légendaire Nelson Freire.
Or, hormis une très approximative proximité géographique, l’amitié entretenue avec Martha Argerich et bien sûr un respect mutuel qu’ils avaient l’un pour l’autre, les deux Nelson n’ont rien à voir. Le regretté Nelson Freire, était brésilien. Nelson Goerner, de 25 ans son cadet, est quant à lui en pleine forme, et argentin. Il est né le 9 mai 1969 à San Pedro, une petite ville de province, de parents qui n’étaient pas musiciens, et il a fallu son immense talent et l’opiniâtreté de ses professeurs successifs pour qu’il perce au niveau national d’abord, et international ensuite. Vainqueur d’un éphémère concours Franz Liszt à Buenos Aires en 1986, ce qui lui a valu de recevoir une bourse de Martha Argerich elle-même, Goerner a ensuite remporté le Premier prix du très respecté Concours de Genève en 1980.
Comme d’autres musiciens argentins arrivés en Europe, c’est d’ailleurs à Genève qu’il vit aujourd’hui, se produisant aux quatre coins du monde classique, surtout en récital et parfois avec orchestre, avec une nette prédilection pour la musique du XIXe et du début du XXe siècle. Il fait aussi parfois de la musique de chambre, mais pas beaucoup. Non qu’il n’aime pas cela – tout au contraire – mais parce qu’il pratique un compagnonnage d’affinités électives : Martha Argerich elle-même, qui après avoir été son mentor est devenue une complice, mais aussi le violoniste Tedi Papavrami ou encore le violoncelliste Edgar Moreau et le violoniste Ning Feng pour un trio qu’ils viennent de former.
Nelson Goerner enregistre pour Alpha Classics. Son dernier disque, paru juste avant l’été, rassemble des œuvres de Haendel, Schumann et Johann Strauss.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.


60 - Stefano Pace
Avant qu’il ne soit nommé, en 2021, directeur général de l’Opéra Royal de Wallonie, peu de gens en Belgique avaient entendu parler de Stefano Pace, même dans le milieu des amateurs d’opéra. Non pas que ce sexagénaire italien né le 26 décembre 1958 n’ait aucune expérience lyrique, tout au contraire. Mais parce que l’homme, prudent, cultive la discrétion et la modestie jusqu’à sembler presque terne là où avant lui, Stefano Mazzonis di Pralafera, se montrait mondain et séducteur.
A la différence de son prédécesseur, Stefano Pace directeur n’a pas engagé Stefano Pace comme metteur en scène. C’est que Pace, décorateur expérimenté – il a plus de soixante décors à son actif- n’a jamais voulu franchir le pas vers la mise en scène même si, il l’évoque dans cet Autoportrait, il y a parfois songé, et pas seulement en se rasant le matin.
Fort d’une expérience de trente ans dans plusieurs postes de direction, notamment dans le domaine technique mais aussi celui de la production artistique ou du management, à l’Opéra de Paris, à Valence, à Catane et au Covent Garden de Londres, Pace a été, de mars 2015 à septembre 2021, Surintendant du Teatro Lirico Giuseppe Verdi de Trieste.
S’il dispose du pouvoir de déterminer un bon tiers de l’offre lyrique en Belgique, Stefano Pace n’en reste pas moins un homme de l’ombre. Ce n’est donc pas sur scène qu’on le verra, sauf éventuellement pour annoncer l’indisposition d’un chanteur. Mais on le trouvera en coulisse pour Otello, à l’affiche du 19 au 27 juin, et pour toute la saison prochaine qui s’ouvrira le 18 septembre avec un autre Verdi, Macbeth. Et même pour les cinq saisons à venir : Pace termine aujourd’hui un premier quinquennat à Liège, et un deuxième commencera dans quelques jours. Son mandat de directeur général de l’Opéra de Liège a été renouvelé du 1er juillet 2026 au 30 juin 2031Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
60 - Thomas Enhco, pianiste
Chaque semaine Nicolas Blanmont reçoit un artiste du monde musical pour brosser, le temps d'une émission, son autoportrait.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.


60 - Eric Mathot, contrebassiste
Vous ne trouverez pas son nom en grand sur beaucoup de pochettes de disques, mais vous le trouverez en petit si vous consultez la liste des musiciens de nombre d’enregistrements. Semblablement, il ne sera que rarement annoncé sur l’affiche des concerts, mais vous reconnaîtrez immédiatement sa haute silhouette un peu voûtée, penchée en fond de scène. Du haut de ses deux mètres, il a trouvé à l’adolescence une « guitare à sa taille », qu’on peut aussi jouer avec un archet.
Né le 30 octobre 1959 à Huy, Eric Mathot est probablement le contrebassiste le plus connu et le plus omniprésent de Belgique, mais sa réputation dépasse largement nos frontières et on peut d’ailleurs le retrouver à Paris comme à Genève, à Bayreuth comme à Aix-en-Provence. Ces dernières années, il est partout, en fait, où se produisent Leonardo Garcia Alarcon et sa Capella Mediterranea, un ensemble dont il est u des plus solides piliers dans tous les sens du terme.
Passé par le défunt Orchestre de la RTBF, par le Philharmonique des Flandres ou l’OPRL, par Musiques Nouvelles ou par Champs d'Action, par la Petite Bande, I Fiamminghi, il Fondamento, le Ricercar Consort, Les Agrémens, Les Musiciens du Louvre, l’Orchestre des Champs-Élysées et on en oublie, Mathot joue aussi bien de la contrebasse moderne, classique ou jazz, que du violone et autres instruments anciens. Mais à côté du grand répertoire symphonique, du baroque et de la musique contemporaine, il se passionne aussi pour des répertoires plus légers comme la musique de salon du XIXe ou les partitions des big bands de la première moitié du XXe siècle.
Voici un Autoportrait pas comme les autres, où l’on parlera bien sûr beaucoup de musiques mais aussi d’aspects logistiques : peut-on plier, ou en tout cas démonter une contrebasse ? ou, aussi, comment collectionner des partitions sans que le plancher s’écroule ?
Eric Mathot est actuellement à l’Opéra de Paris avec la Capella Mediterranea et Leonard Garcia-Alarcon pour la redécouverte de l’Ercole Amante de Antonia Bembo, une élève de Cavalli, jusqu’au 14 juin, puis ils partiront pour Aix pour une production de La flûte enchantée du 2 au 21 juillet. Mathot sera aussi notamment à l’affiche du Festival International de Contrebasse à Namur du 10 au 14 août, une manifestation dont il est un des organisateurs.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.


60 - Philippe Jaroussky, contre-ténor
C’est assurément un des contre-ténors les plus connus de la scène internationale aujourd’hui, et aussi un de ceux dont la carrière est la plus longue et la plus constante. Mais il serait injuste de réduire Philippe Jaroussky à cette seule tessiture, tant il a toujours œuvré pour la faire sortir du petit cercle baroque dans laquelle on l’a maintenue : à 48 ans, Jaroussky, qui chante aussi des mélodies de Franz Schubert ou de Reynaldo Hahn ainsi que des oeuvres contemporaines est, tout simplement, un chanteur, omniprésent au disque et à l’opéra depuis plus d’un quart de siècle.
Chanteur de musique classique, bien sûr, mais pas seulement : lui qui admire Ella Fitzgerald et Freddie Mercury autant que Kaija Saariaho et Cecilia Bartoli, a chanté avec Mathieu Chédid ou Nicolas Sirkis – jusqu’à se produire sur la scène du Stade de France avec Indochine. On l’entendra même, dans cet Autoportrait, chanter la chanson avec laquelle il a gagné son premier concours de chant : Les démons de minuit, un tube de 1986.
Philippe Jaroussky, chanteur tout court ? Là encore, la dénomination peut sembler restrictive, car il dirige également de plus en plus son orchestre Artaserse, ou d’autres ensembles. Préparant, avec lucidité, l’étape de sa vie où il cessera peu à peu de chanter mais où il continuera à faire de la musique. Philippe Jaroussky, musicien tout court.
On découvrira ici non seulement un grand artiste, mais aussi une belle personne, d’une grande honnêteté et d’une modestie sincère. Qui sait reconnaître ses erreurs, et qui sait se souvenir de son passé et de ses origines. Sans en faire la publicité sur tous les toits mais avec constance, Jaroussky a créé et développé sa propre académie qui est à la fois un projet musical et un projet social. Avec quelques-uns de ses collègues, il y enseigne à des jeunes issus de ces banlieues dont il est lui-même originaire, issus de ces « milieux éloignés de la culture » comme il dit pudiquement, en leur donnant l’occasion de découvrir la musique classique. Et en parallèle, son académie comprend également un programme pour des jeunes artistes en début de carrière, pour les aider à sauter et à voler hors du nid.
Philippe Jaroussky n’a pas de projets de concerts en Belgique dans les mois à venir mais on peut le retrouver sur Gelosia, son dernier disque paru chez Erato, consacré à des cantates italiennes sur le thème de la jalousie.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.


60 - Reinoud Van Mechelen, ténor
Il y a une dizaine d'années, quand disait Van Mechelen, le grand public, pour autant qu'il maîtrisât le néerlandais, comprenait qu'il était question d'origine malinoise et pensait notamment à une variété de gallinacés particulièrement goûtus et curieusement dénommés coucou de Malines. Les mélomanes, eux, pourvu qu'ils s'intéressassent aussi à l'opéra, pensaient éventuellement à un baryton basse flamand, lauréat du tout premier concours Reine Élisabeth de chant et wagnérien réputé pour avoir chanté Alberich ans la tétralogie à Liège, mais aussi pour plusieurs apparitions à Bayreuth. Et puis soudain, il y eut Reinoud van Mechelen, et très vite, son nom éclipsa Werner, éclipsa tout le reste, alors même qu'il était et reste très difficilement prononçable pour les journalistes français. C 'est que ce Van Mechelen là a deux vies au moins.
D'un côté, il y a le ténor selon la terminologie actuelle, ou le haute-contre si l'on se réfère aux appellations en vigueur à l'âge d'or du baroque français qu'il connaît et défend si bien : au disque, Van Mechelen a ainsi enregistré trois albums consacrés successivement à Dumesny, haute contre de Lully, Jéliote haute contre de Rameau, et Legros, haute contre de Glück. Mais il a aussi participé à pas mal d'enregistrements d'intégrales d'opéra célèbres ou oubliés sous la direction des meilleurs spécialistes du genre. Plutôt bon acteur, Reinoud van Mechelen est également demandé sur nombre de scènes belges, françaises ou européennes, à nouveau dans le baroque, mais aussi dans le classique, puisque Mozart est également à son répertoire. Il y a consacré un récital discographique, on l'a entendu en Don Ottavio de Don Giovanni à l'Opéra flamand, et il chantera Idomeneo sous la baguette de Simon Rattle en juin 2027 à Berlin.
Mais de l'autre côté, il y a aussi le Van Mechelen chef, fondateur et chef de l'ensemble A Nocte Temporis, qui fête ses dix ans en ce printemps 2026. Il a, avec cet ensemble à géométrie variable, une activité intense, à nouveau au disque et en concert. Pour leur anniversaire, ils entreprennent une tournée internationale avec Les Boréades de Rameau, une tournée qui passera notamment par Namur le 23 mai, puis par Bruges le 31 mai et Louvain le 5 juin. Ils seront également avec un programme Mozart au festival Musiq3 le 26 juin, puis au Festival de l’Eté mosan à Dinant le 12 juillet. Tout cela valait bien que, à la veille de son trente-neuvième anniversaire - il est né à Louvain le 29 mai 1987 – on tire l’Autoportrait de Reinoud Van Mechelen.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.


60 - Victor Julien-Laferrière, violoncelliste
Il y a des vainqueurs du Reine Elisabeth dont le patronyme se retient et surtout s’écrit sans problème : Ray Chen par exemple, en deux syllabes et sept lettres, on disait tout du Premier Prix de de 2009. On ajoutait éventuellement violon, six lettres, et le compte était bon.
Avec Victor Julien Laferrière, premier prix en 2017, l’affaire est plus complexe. Huit syllabes et 22 lettres pour le patronyme, et encore dix de plus pour l’instrument : le violoncelle. C’était même le premier à gagner une session de violoncelle puisque, avant cela, l’instrument n’avait pas droit de cité.
Né le 25 juin 1990 à Paris d’un père et d’une mère tous les deux clarinettistes et professeurs de clarinette, Victor (c’est le prénom) Julien-Laferrière (un trait d’union, un f et deux r, et juste un accent grave) aurait pu se contenter d’être clarinettiste, l’instrument par lequel il a commencé. Mais il y a eu heureusement le violoncelle (sa garde sœur avait déjà préempté le piano et le violon), et on s’en réjouit aujourd’hui car son parcours est riche. Elève de Roland Pidoux, Heinrich Schiff ou Clemens Hagen, professant autant d’admiration pour Pablo Casals que pour Nikolaus Harnoncourt, couronné d’une Victoire de la musique classique dans la catégorie « Soliste instrumental de l'année » en 2018, julien-Laferrière a évidemment gagné en notoriété depuis qu’il a gagné le Concours, et pas seulement en Belgique. Sa discographie comprend plusieurs disques de musique de chambre, notamment avec le trio les Esprits, mais aussi des concertos qui ne sont pas nécessairement les plus courus (Dvorak et Martinu, mais aussi Dutilleux ou Dusapin) ainsi que des sérénades de Brahms ou des symphonies de Beethoven en tan que chef de l’ensemble Consuelo, qu’il a formé. Car l’ancien clarinettiste devenu violoncelliste est aussi devenu chef d’orchestre.
A l’occasion de la troisième session consacrée à son instrument de prédilection, Victor Julien-Laferrière donnera un récital à Bozar le jeudi 21 mai. Il jouera notamment Bach, Kodaly et Casals.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
60 - Benoît Mernier, compositeur
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60 - Eric-Emmanuel Schmitt
C’est un des écrivains français les plus connus et les plus lus d’aujourd’hui, et ses œuvres sont traduites dans cinquante pays. C’est un des écrivains français les plus connus et les plus lus d’aujourd’hui, mais cette seule qualification professionnelle ne suffit pas à cerner Eric-Emmanuel Schmitt. D’abord parce qu’il n’est pas seulement Français, mais également Belge depuis 2008 – et d’ailleurs installé en Belgique même depuis 2001. Ensuite parce que, s’il est incontestablement écrivain part tous les pores de sa peau – romans, nouvelles, essais, écrits autobiographiques, BD, livres jeunesse, pièces de théâtre, adaptations, scénarios – il est aussi profondément attiré par la musique : celle qu’il joue, celle qu’il écoute, celle à propos de laquelle il écrit et celle, bientôt, à laquelle il collabore puisque l’Opéra de Liège a annoncé la création pour 2028 de Theodora, un nouvel opéra d’Andrea Battistoni dont Schmitt a écrit le livret.
Agrégé de philosophie, auteur d’une thèse de doctorat sur Diderot, membre de l’Académie Goncourt mais aussi de l’Académie de langue et littérature française de Belgique, Eric-Emanuel Schmitt a signé pas loin d’une cinquantaine de livres parmi lesquels Oscar et la Dame rose, Odette Toulemonde et autres histoires, Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran, ou encore la série La Traversée des Temps qui raconte l'histoire de l'humanité en un nombre de volumes encore indéterminé
Si l’on pioche dans la liste de ses titres, les références à la musique sont déjà nombreuses : Ma vie avec Mozart, Le Mystère Bizet, Le Carnaval des animaux, L'Élixir d'amour, Concerto à la mémoire d'un ange, Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent, Variations énigmatiques. Et puis, il y a le tout récent Juste après Dieu, il y a papa, publié chez Albin Michel. Un livre qui, même si le titre ne le dit pas directement et est donc accompagné d’un bandeau Mozart père et fils, plonge ses lecteurs au plus intime de la relation entre Mozart et son père, et réhabilite au passage la figure de ce dernier.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
60 - Jean-Paul Dessy
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60 - Paavo Järvi, chef d'orchestre
Attention : un chef peut en cacher un autre. Dans la famille Järvi, ils sont au moins trois à s’être fait connaître comme directeurs musicaux : Neeme, le père, né en 1937, infatigable défricheur de répertoires oubliés, qui osa notamment braver les interdits de l’Union soviétique pour faire connaître la musique du génial compositeur estonien Arvo Pärt et le paya d’un exil aux Etats-Unis, mais aussi ses deux fils, qu’il emmena forcément avec lui Outre-Atlantique et qui ont la double nationalité estonienne et états-unienne ; Paavo, invité d’Autoportrait cette semaine, et Kristjan, né en 1971, dont l’Autoportrait avait été diffusé en septembre 2025.
Paavo n’a ni la longue chevelure ni les tenues de shaman ayurvédique de son petit frère, mais n’allez pas croire pour autant qu’il soit forcément plus sérieux et plus traditionnel dans ses choix musicaux. C’est un défenseur passionné du répertoire contemporain, et pas seulement estonien, mais c’est aussi un praticien régulier et apprécié du grand répertoire symphonique, de Haydn à Ravel en passant par Beethoven, Mendelssohn, Brahms, Bruckner, Mahler et tant d’autres.
Il a été le directeur musical du l'Orchestre symphonique de Malmö, premier chef invité de l'Orchestre philharmonique royal de Stockholm, directeur musical de l’Orchestre de Cincinnati, du City of Birmingham Symphony Orchestra, de l’Orchestre symphonique de la Radio de Francfort et de l’orchestre de Paris, et préside actuellement aux destinées artistiques de la Deutsche Kammerphilharmonie de Brème, de l’Orchestre de la Tonhalle de Zurich et de l'orchestre symphonique de la NHK de Tokyo. Et comme si cela ne suffisait pas, il vient au printemps 2026 d’être nommé chef principal de l'Orchestre philharmonique de Londres à compter de la saison 2028-2029.
Parmi ses derniers disques, publiés chez Alpha, il y a la septième symphonie de Gustav Mahler, dernière parution d’une série Mahler qu’il a entreprise avec l’orchestre de la Tonhalle de Zurich, et il y a aussi Credo, le très beau disque consacré à Arvo Pärt en septembre 2025 à l’occasion de son nonantième anniversaire. A celles et ceux qui voudraient l’écoute en live, on ne peut d’ailleurs que recommander de faire le voyage jusque Pärnu, où il a fondé avec son frère et son père un très foisonnant festival estival : c’est une très jolie station balnéaire à l’ambiance un peu nostalgique d’une nouvelle de Tchekhov, et l’édition 2026 du festival de la famille Järvi s’y tiendra du 8 au 18 juillet.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.


60 - Philippe Herreweghe, chef d'orchestre
Attention, monstre sacré ! Sur le siège d’Autoportrait aujourd’hui, transformé en trône pour l’occasion, il y a Philippe Herreweghe ou, comme on dit en France, Hèrvèk. Ce n’est pas tellement qu’il joue les têtes couronnées, c’est que son curriculum vitae impressionne, autant d’ailleurs que sa discographie affiche de plus de 300 références.
Né le 2 mai 1947 à Gand, Philippe Herreweghe est d’abord un homme de chœurs, fondateur du Collegium Vocale de Gand il y a plus d’un demi-siècle mais aussi de l’éphémère Chœur symphonique de Liège, de la Chapelle Royale ou de l’Ensemble Vocal européen. Mais ce psychiatre de formation est devenu aussi chef d’orchestre, assortissant son Collegium Vocale d’un ensemble instrumental, fondant en France l’orchestre des Champs-Elysées et associant durablement son sort à l’Orchestre Philharmonique des Flandres, connu aujourd’hui comme Orchestre d’Anvers. Il s’est également produit comme chef invité des orchestres du Concertgebouw d’Amsterdam, du Gewandhaus de Leipzig, de la Staatskapelle de Dresde ou du Cleveland Orchestra et, à es heures perdues, on le sait même aussi directeur artistique de festivals, d’abord à Saintes en Charente puis, depuis quelques années, dans la région toscane de Sienne.
Ambassadeur culturel de Flandre puis prix Ultima de la Communauté flamande, Chevalier de la Légion d’Honneur, Herreweghe a dirigé et enregistré un répertoire assez large, de Josquin Desprez et Roland de Lassus à Schönberg et Stravinski en passant par tous les grands maîtres baroques, mais aussi par Mozart, Beethoven Berlioz, Mendelssohn, Schumann – beaucoup – Brahms, Fauré, Mahler ou Bruckner, un autre de ses favoris. Le tout sans disposer – il est un des premiers à le reconnaître et même à en rire – d’une technique parfaite de chef d’orchestre.
Mais c’est évidemment au nom de Jean-Sébastien Bach qu’on l’associe le plus immédiatement, lui qui a dirigé toutes les cantates mais aussi les grandes oeuvres chorales, et notamment la Passion selon Saint-Matthieu à près de 150 reprises. En ce printemps 2026, il est en effet d’ailleurs en tournée européenne avec son Collegium Vocale pour porter aux quatre coins de l’Europe, et notamment à Gand de 28 mars, la bonne parole de la Passion selon Saint-Matthieu de Bach.
Les disques de Philippe Herreweghe ont été publiés pour l’essentiel chez Harmonia Mundi, chez Virgin/Erato et depuis quelques années chez Phi, son propre label.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.


60 - Claire-Marie Le Guay, pianiste
C’était presque au siècle passé, il y a plus de vingt ans en tout cas: Louis Langrée était le jeune directeur musical français de l’OPRL et, au concert et au disque, il invitait régulièrement une jeune pianiste française encore méconnue nommée Claire-Marie Le Guay. Et le public liégeois épiloguait sur le contraste étonnant entre l’apparence plutôt frêle, presque diaphane, de l’artiste et sa maîtrise, voire sa puissance, au clavier.
Un quart de siècle plus tard, on a moins souvent l’occasion d’entendre Claire-Marie Le Guay en Belgique – on le regrette – mais sa notoriété internationale a crû. Elle poursuit son petit bonhomme de chemin entre grand répertoire et œuvres contemporaines, entre récitals solo, musique de chambre et concerto, mais aussi entre disque et livre – car elle écrit également. De Bach à Gubaidulina, de Haydn à Schulhoff, de Schubert à Stravinsky, de Liszt à Ravel ou encore avec Mozart, Schumann ou Escaich, sa discographie est précieuse, jamais anecdotique. Et ses livres, avec leurs titres avec sujet, verbe et complément, sont riches en informations utiles.
Née en 1974 , Le Guay semble d’être habilement nourrie du meilleur de tous les grands maîtres auprès desquels elle s’est formée, comme notamment Jacques Rouvier, Dmitri Bachkirov, Fou Ts'ong, Alicia de Larrocha, Andreas Staier, György Sebök, Leon Fleisher et Daniel Barenbom. Mais elle a également soin de restituer ces savoirs et surtout son expérience, comme pédagogue de jeunes pianistes mais aussi auprès du grand public lors de concerts commentés.
Ecouter la lumière, le nouveau disque de Claire-Marie Le Guay, entièrement consacré à Jean-Sébastien Bach, vient de sortir chez Mirare. Que la joie demeure Vivre avec Bach, un livre sur le même sujet qu’elle a coécrit avec l’écrivain et académicien Erik Orsenna, est annoncé pour avril chez Albin Michel.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
60 - Stéphane Degout, baryton
Le public bruxellois connaît bien Stéphane Degout : voilà près qu’un quart de siècle qu’il chante à la Monnaie. La première fois, c’était en mai 2002, le rôle-titre de l’Orfeo de Monteverdi dans la mémorable production de René Jacobs et Trisha Brown. Depuis, il y a eu une bonne dizaine d’autres spectacles, dont plusieurs prises de rôle comme Pelleas, deux Comtes – le Ory de Rossini et le Almaviva de Mozart - et même Eugène Oneguine.
Mais la belgitude d’adoption de ce baryton français né près de Lyon le 9 juin 1975 ne s’arrête pas là : c’est lui qui, avec sa collègue la mezzo Sophie Koch, a été choisi en 2023 pour succéder à José Van Dam comme enseignant de référence du chant à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
60 - Thibaut Garcia, guitariste
Chaque semaine Nicolas Blanmont reçoit un artiste du monde musical pour brosser, le temps d'une émission, son autoportrait.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.


60 - René Jacobs, chef d'orchestre
Cinq musiciens Flamands aujourd’hui à peu près octogénaires ont marqué le monde de la musique ancienne. Dans cette génération dorée que les Français n’arrivent pas à prononcer – Herreweghe, Kuijken, Van Immerseel et Van Nevel – celui dont le nom semble le moins exotique – René Jacobs, mais on peut aussi le prononcer Jacobs – est aussi celui qui s’est le plus illustré dans le monde de l’opéra. Né à Gand le 30 octobre 1946, il s’est d’abord illustré comme un des plus célèbres contreténors de la scène baroque, avec des enregistrements mémorables du rôle de l’Orfeo de Gluck, du Stabat Mater de Pergolesi ou des parties d’alto dans les Passions de Bach.
Enseignant à la Scola Cantorum Basiliensis et découvreur passionné de partitions rares, Jacobs a très vite ajouté la direction d’orchestre à sa palette de talents, d’abord pour de petits ensembles – et notamment le Concerto Vocale qu’il avait fondé - et des œuvres assez anciennes ; puis, peu à peu, pour du grand répertoire incluant le XVIIIè et même parfois le XIXe siècle. Uniquement dans la musique vocale d’abord, avec beaucoup de musique sacrée, mais aussi de plus en plus de lyrique. On lui doit la révélation de compositeurs comme Cesti, Kaiser ou Graun, l’exhumation de certains opéras de Telemann, Haendel ou Cavalli, mais aussi des versions références des opéras de Monteverdi, de Mozart ou même de Beethoven ou Weber.
Délaissant parfois la pesanteur des productions scéniques pour leur préférer des versions de concert éminemment dynamiques, Jacobs a même été jusqu’à diriger Tancredi de Rossini ou Carmen de Bizet, hélas sans trace discographique à ce jour. Et son sens aigu du théâtre l’a servi quand, sur le tard, il a abordé un répertoire non vocal – les symphonies de Schubert par exemple.
Tout cela parce que, quand il était enfant, son père lui a fabriqué un théâtre de marionnettes et lui a offert deux poupées à y faire évoluer. Et que Jacobs a très vite découvert qu’en ajoutant deux poupées de plus, il y avait beaucoup plus de possibilités de raconter des histoires…
Du 20 février au 3 mars, René Jacobs dirigera Tamerlano de Haendel au festival Haendel de Karlsruhe. Le 28 mars, il dirigera la Passion selon St Matthieu au Concertgebouw d’Amsterdam. Côté disques, il a entrepris pour Alpha un cycle des messes de Haydn, mais toute sa discographie, riche de centaines de références, reste disponible, principalement chez Harmonia Mundi mais aussi sur d’autres labels comme Accent, Pentatone ou Archiv.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
60 - Tedi Papavrami, violoniste
Chaque semaine Nicolas Blanmont reçoit un artiste du monde musical pour brosser, le temps d'une émission, son autoportrait.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.


60 - John Osborn, ténor
On ne voudrait pas jeter de l’huile sur le feu des relations transatlantiques, surtout dans le contexte que l’on sait, mais la question mérite d’être posée : les ténors américains règnent-ils sur l’opéra français ? En Europe en tout cas, quand il s’agit de chanter le grand opéra façon Meyerbeer ou Halévy, ils se taillent la part du lion. Ils, et notamment John Osborn, natif de Sioux City, dans l’Iowa.
Les mélomanes européens ont découvert son nom quand, il y a une bonne vingtaine d’années, il s’est retrouvé plusieurs fois aux côtés de Cecilia Bartoli à l’Opéra de Zurich, dans le très rare Clari de Halévy puis en Otello de Rossini ou même en Pollione de Norma. Mais bien avant cela, Osborn, formé dans le cadre du programme de jeunes artistes du Metropolitan Opera à New York, avait déjà remporté au Concours Operalia à Bordeaux le premier prix côté masculin en 1996. Une année où avait été couronnée côté féminin une autre artiste américaine, la soprano Lynette Tapia qui est depuis devenu son épouse et avec laquelle il se produit régulièrement en duo.
Revendiquant avec pragmatisme et modestie une certaine capacité d’imitation, Osborn chante avec une même aisance en italien – le Comte Almaviva du Barbier de Séville est le rôle qu’il a le plus interprété – et en français, que ce soit le répertoire romantique pur – la rencontre s’est faite en septembre 2025 à Liège en marge d’une production de Faust où il tenait le rôle-titre – ou même dans le genre marathonien du grand opéra : on se souvient de l’avoir vu incarner Raoul de Nangis dans Les Huguenots de Meyerbeer dans la mémorable production de Marc Minkowski et Olivier Py à la Monnaie en 2011.
Actuellement, John Osborn est de retour à la Monnaie, cette fois pour chanter le rôle-titre du très rare Benvenuto Cellini de Berlioz. Pour la suite de la saison, il y aura encore de l'opéra français avec Werther de Masssenet et Le Prophète de Meyerbeer, mais aussi de l'opéra italien avec I Puritani de Bellini, ainsi que Rigoletto et Les Vêpres siciliennes de Verdi. Le tout sur le vieux continent…Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.


60 - David Fray, pianiste
C’est un des pianistes les plus discrets mais les plus intéressants de la scène actuelle. Ses disques sont rares, mais toujours importants. David Fray est l'invité de Nicolas Blanmont dans Autoportrait.
David Fray est né le 24 mai 1981 à Tarbes, dans les Hautes-Pyrénées. Cela s’entend d’ailleurs un peu, et il revendique cette identité. Il a étudié au fameux Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris dans la classe de Jacques Rouvier, puis s’est perfectionné notamment avec Christian Ivaldi ou Claire Désert. Il a remporté divers concours, notamment à Hamamatsu au Japon et à Montréal au Canada, juste le temps de se faire connaître, de décrocher un premier contrat discographique puis de se mettre à l’abri de ce monde compétitif pour lequel il n’est pas fait.
Derrière son image de romantique ténébreux, David Fray est un artiste fondamentalement humble st simple, et ce n’est pas par hasard qu’il cite Wilhelm Kempff comme référence absolue. Le hasard a voulu que son mariage le sorte un peu, contre son gré presque, de sa discrétion naturelle : il a épousé Chiara Muti, comédienne, metteuse en scène et fille de Riccardo Muti. Ceci pour expliquer que, quand on lui demande de choisir entre Verdi et Wagner, il comment : " Familialement, c’est délicat. " Ils ont créé et joué ensemble un spectacle intitulé L’enfant oublié, évocation de la figure du jeune fils handicapé de Louis XVI et Marie Antoinette.
Et David Fray est également le directeur artistique de L’offrande musicale, un festival de musique original puisqu’il a pour axe central les personnes en situation de handicap : un véritable projet humaniste et solidaire, avec notamment 20 % des places réservées et offertes aux personnes en situation de handicap et à leur accompagnant, des accompagnateurs bénévoles, des navettes adaptées ou la diffusion des concerts auprès des personnes se trouvant dans l’incapacité totale de se déplacer.
Alternant des pièces ou extrais de pièces de Bach, Haendel, Rameau ou Royer, Baroque encores, le dernier disque de David Fray vient de paraître chez Erato, et c’est assurément un des plus beaux disques de l’année 2025. Aucun concert n’est prévu en Belgique dans l’immédiat, et les programmateurs feraient bien de s’en aviser et de l’inviter sans tarder.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.


60 - Julie Fuchs, soprano
Même si elle avait déjà remporté en 2013 une Victoire de la Musique et le deuxième prix du Concours Operalia, et même si on avait déjà pu la remarquer à l’époque sur diverses scènes, notamment celle de l’Opéra de Zurich dont elle avait été pensionnaire, la notoriété internationale de Julie Fuchs a été largement élargie en 2018 quand l’Opéra de Hambourg, de façon assez sexiste, a décidé qu’une soprano enceinte de quatre mois ne pouvait pas chanter Pamina et l’a remplacée pour sa production de La flûte enchantée.
Fuchs, artiste passionnée et décidée, ne s’est pas laissé faire et a averti urbi et orbi un monde lyrique qui s’est, à raison, scandalisé de cette éviction. Elle n’a plus chanté à Hambourg mais, quelques semaines plus tard, enceinte de huit mois, elle incarnait Poppea dans Le couronnement de Poppée de Monteverdi à l’Opéra de Zurich. Revanche brillante et éclatante.
Mais Fuchs n’est pas seulement, loin s’en faut, une artiste militante qui porte le drapeau de ses collègues enceintes, ou même de ses collègues jeunes mamans. C’est aussi une passionnée qui, notamment sur les réseaux sociaux, porte haut le combat de la démocratisation de l’art lyrique en ne perdant pas une occasion de rappeler au public que l’opéra n’est nullement inaccessible.
Et puis, surtout, cette native de Meaux élevée à Avignon célèbre avec un talent de comédienne autant qu’avec une voix fluide et solide, les beautés du répertoire italien et français, mais aussi de Mozart : Marie de La Fille du Régiment, Norina de Don Pasquale, Susanne des Noces de Figaro, Cléopâtre de Giulio Cesare, Mélisande de Debussy, Fiorilla du Turco in Italia sont parmi ses rôles signatures.
Amatrice et compositrice également de chansons, la soprano est également fondatrice et directrice de Nos Jours Heureux, un festival organisé dans son village du Gard qui mêle la musique classique au tango argentin, sa deuxième passion.
Je te veux, le dernier disque de Julie Fuchs, consacré à Erik Satie et ses contemporains, vient de sortir chez Sony Classicals. Elle sera en concert pour un programme Héroïnes françaises à la Philharmonie de Paris les 10 et 11 janvier, elle chantera le programme de son disque Satie à Paris le 26 janvier puis à Avignon le 6 février avant de reprendre le rôle de La Stonatrilla dans L'Opera seria (Gassmann) au Theater an der Wien à Vienne en février et mars. Enfin, elle fera ses débuts dans le rôle de Giunone dans Ercole amante de Antonia Bembo sous la direction de Leonardo Garcia-Alarcon à l'Opéra Bastille en mai et juin.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.


60 - Peter De Caluwe
Entré à la Monnaie en 1986 quand elle était dirigée par Gérard Mortier, Peter De Caluwe la quitte quarante ans plus tard, ayant entretemps fait un long détour par Amsterdam puis effectué trois mandats comme grand patron de la maison bruxelloise. Toute la carrière de ce Flamand polyglotte, né en 1963 à Termonde, s’est faite dans le monde de l’opéra, tout à tour comme dramaturge, attaché de presse, directeur de la communication, responsable du casting, coordinateur artistique et enfin directeur général et artistique, intendant dirait-on dans le monde germanique.
Après un coup de foudre pour l’opéra provoqué par une représentation de La Forza del Destino de Giuseppe Verdi aux Arènes de Vérone, un titre qui restera fétiche pour lui, deux rencontres déterminantes ont orienté sa vie : celle d’un autre Flamand, le Gantois Gérard Mortier, grand rénovateur de l’opéra à la fin du siècle passé, et celle du Franco-Libanais Pierre Audi ensuite, metteur en scène et directeur d’opéra atypique mais figure tutélaire dont la longévité à l’Opéra d’Amsterdam aura assurément servi de modèle à De Caluwe arrivé à la Monnaie.
Certes, son départ imminent de Bruxelles a été plusieurs fois annoncé, que ce soit pour le Festival de Salzbourg ou pour l’Opéra de Paris – deux postes que son premier mentor, Gérard Mortier, avaient lui aussi occupées – et ce n’était sans doute pas un hasard. Mais, finalement, ces velléités de changement se sont toujours arrêtées sur l’avant-dernière marche du podium et la Monnaie, choix du cœur au départ, est aussi devenu choix de la raison.
Continuateur de la ligne Mortier comme Bernard Foccroulle l’avait été avant lui, De Caluwe a lui aussi réussi à concilier cette fidélité sans faille à une vraie part de créativité – colorier en dépassant les lignes comme il le dit joliment -, avec à la clé forcément des réussites et des échecs. Son départ était l’occasion d’en parler avec lui, et ainsi de revenir sur le parcours d’un homme qui a la modestie de ne pas se prendre pour un artiste, mais assume que son métier aura été un peu celui d’un cuisinier.
Le 31 décembre 2025, avec la dernière représentation de Norma mise en scène par Christophe Coppens, un metteur en scène qu’il a découvert ou peut-être même inventé, l’ère de Peter De Caluwe s’achèvera définitivement à la Monnaie. On n’imagine pas vraiment que, à 62 ans, il se contente de faire son jardin. On ne le voit pas non plus se recycler en banquier d’affaire. Alors ? Il avoue travailler sur un projet de nouveau festival multidisciplinaire au financement encore incertain, mais on n’en sait pas plus pour le moment.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.


59 - Frank Braley, pianiste
De façon un peu familière, on aurait tendance à considérer que, dans la vie musicale belge, Frank Braley fait partie des meubles. Très exactement depuis le 31 mai 1991. Ce jour-là, âgé de 22 ans, ce jeune pianiste français inscrit à la dernière minute au Concours Reine Elisabeth, premier étonné de se retrouver en finale, éblouit la salle Henry le Bœuf, les téléspectateurs et surtout le jury en ne jouant ni Bartok, ni Brahms, ni Rachmaninov, ni Tchaïkovski, mais le Quatrième concerto de Beethoven. Audace suprême de la simplicité. Banco : il remporte le Premier Grand Prix et le Prix du Public.
Né à Paris en 1968, Braley avait joué aussi du violon avant de tomber amoureux, pour reprendre ses propres mots, de ce magnifique gros jouet qu’est le piano. Ce qui ne l’empêche pas par ailleurs der confesser qu’il rêve de jouer l’harmonica, forcément plus transportable. Il est devenu pianiste professionnel sans pression familiale, sans renoncer aux plaisirs de la jeunesse et, presque 35 ans plus tard, il reste un pianiste respecté sure la scène internationale sans avoir rien perdu de sa simplicité, de sa sincérité et de son refus des convenances.
Braley est le premier à dire que le Concours Reine Elisabeth a changé sa vie. Tant et si bien que, pas ingrat pour un sou, il y est d’ailleurs revenu plusieurs fois. Comme membre du jury – ce qui est un cursus normal pour un ancien vainqueur – mais aussi comme chef d’orchestre ayant dirigé les demi-finales, ce qui est plus inhabituel. C’est qu’entretemps, chambriste passionné et apprécié de ses collègues, il a poussé la musique de chambre jusqu’à diriger, pendant cinq ans, l’orchestre Royal de Chambre de Wallonie, et pas seulement au Concours. Une expérience qu’il définit aujourd’hui comme parenthèse incroyablement enrichissante tout en précisant qu’il ne pense pas être vraiment un chef. Avant d’ajouter, l’instant d’après, qu’il aimerait quand même diriger Le sacre du printemps.
Dans ses rêves figure aussi celui de développer des capacités d’improvisateur pour jouer du jazz, et d’être capable de chanter tout en s’accompagnant au piano. Pour nous faire le Winterreise ? Nullement : pour chanter Bohemian Rhapsody. Car Braley, qui répète volontiers que Le romantisme, ce n’est vraiment pas mon esthétique et dont, effectivement, le répertoire semble s’arrêter à Beethoven et Schubert pour ne reprendre qu’à Debussy et Gershwin, se définit aussi comme grand fan de Queen et de Muse. Tout en précisant qu’il préfère la musique où l’on se passe de mots et que, donc, il n’aime pas l’opéra. Pas plus, d’ailleurs, que Tintin ou les huitres
Le 12 décembre, Frank Braley donnera au Cercle Gaulois à Bruxelles un récital au bénéfice de l’Institut d’Etudes pour la Justice.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.


58 - Sol Gabetta, violoncelliste
C’est le genre de patronyme qui sonne comme un pseudonyme, mais qui n’en est pas un : depuis vingt ans et quelques, Sol Gabetta émerveille la planète classique et laisse son nom sur quelques enregistrements majeurs, mais aussi dans toutes les grandes salles de concert.
Elle a vu le jour en Argentine en 1981 mais a rapidement émigré en Espagne, où elle a commencé à se former avec le violoncelliste letton Ivan Monighetti, un élève de Rostropovitch, qu’elle a ensuite suivi à Bâle quand il est parti y enseigner.
Née d’une mère russe et d’un père aux origines italiennes et françaises, Sol Gabetta vit désormais en Suisse, tant et si bien qu’elle possède aujourd’hui trois passeports (argentin, français et suisse), ce qui n’est sans doute pas trop pour voyager autant qu’elle le fait. Tous les grands orchestres du monde la demande, mais elle a aussi fondé son propre ensemble, la Capella Gabetta, avec son frère, le violoniste Andrès Gabetta. Elle excelle avec le même naturel en soliste de grands concertos et en chambriste raffinée, en passionnée de baroque et en création contemporaine, en créatrice et directrice artistique d’un festival qui a déjà vingt ans d’âge ou en pédagogue réputée. On sait aussi qu’elle aime aussi les rencontres fertiles, et on se souvient notamment des disques qu’elle a signés avec des partenaires aussi différents qu’Hélène Grimaud, Bertrand Chamayou, Cecilia Bartoli ou Patricia Kopatchinskaya.
En interview, Gabetta se révèle aussi généreuse que quand elle joue du violoncelle : elle parle avec plaisir, détaille ses ressentis, saute d’une idée à l’autre puis revient au point de départ. Le 6 décembre, pour la Saint-Nicolas, Sol Gabetta sera à Bozar pour célébrer la mémoire de Lise Cristiani, la violoncelliste du XIXe siècle au centre de son dernier disque, paru chez Sony Classical comme la plupart des précédents.
Ce sera également le premier des quatre concerts qu’elle donnera dans la salle bruxelloise, où elle reviendra encore en 2026, successivement avec Kristina Bezuidenhout, Semyon Bychkov et Santtu-Matias Rouvali. Mais on pourra également l’entendre à Anvers et Gand puisqu’elle y jouera le concerto d’Elgar, son concerto fétiche, sous la direction de Mikko Franck.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.


57 - Sigiswald Kuiken
Attention, figure mythique ! Même si les Français n’ont jamais réussi à prononcer son nom et l’appellent toujours Couichquenne, Sigiswald Kuijken trône dans l’Olympe des musiciens du mouvement baroqueux.
Violoniste traditionnel jouant à ses débuts avec autant d’aisance que d’enthousiasme la musique baroque comme la musique contemporaine, on l’a vu en soliste mais aussi avec les ensembles Alarius ou Musique Nouvelles avant que, en 1972, il ne fonde avec Gustav Leonhardt La Petite Bande, un ensemble qui existe toujours aujourd’hui (fût-ce de façon plus discrète), et dont les enregistrements ont marqué la discographie.
Professeur de violon baroque au conservatoire royal de La Haye de 1971 à 1996, puis au conservatoire de Bruxelles de 1993 à 2009, docteur honoris causa de la KUL, Sigiswald Kuijken est un homme de convictions, mais aves suffisamment d’ouverture d’esprit pour se remettre en question – ses positions sur l’effectif des chanteurs dans la musique chorale de Bach ou l’usage de la viola da spalla pour les suites pour violoncelle du même en témoignent.
C’est aussi un homme de famille, de tribu pourrait-on même dire. Deux de ses frères – Wieland, l’aîne, le violiste, et Bart, le cadet, le flûtiste – ont construit comme lui l’histoire de l’interprétation de la musique baroque et classique sur instruments anciens, son épouse et muse Marleen Thiers a toujours été à ses côtés dans La Petite Bande et ses filles, Sara et Marie, ont pris le relais.
On le retrouve dans l’adorable maison du Béguinage de Courtrai où ils vivent désormais, Marleen Thiers et lui, pour parler de cette incroyable carrière. Kuijken une très rafraîchissante liberté de ton et de pensée et même si sa chère Petite Bander a, à son grand dam, perdu la totalité de son financement public et donc aussi une bonne partie de ses activités, il reste fondamentalement un indépendant dans l’âme quand il explique : " Je suis comme le plombier du baroque : s’il y a un robinet à réparer, je le répare et je suis payé pour cela? Mais je ne veux pas être payé s’il n’y a pas de robinet à réparer. "
Le 6 décembre, pour la Saint-Nicolas, Sigiswald Kuijken et La Petite Bande seront à Louvain, qui est devenu leur port d’attache. Leurs enregistrements restent disponibles notamment sur le label Accent.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.


56 - Christian Gerhaher, baryton
Né à Straubing, en Bavière, le 24 juillet 1969, Gerhaher a étudié d’abord le violon et l’alto avant de se diriger vers le chant, tout en poursuivant en parallèle, et jusqu’à leur terme, des études de médecine. Après des masterclasses notamment avec Dietrich Fischer Dieskau ou Elisabeth Schwarzkopf, il a fait ses classes d’apprentissage dans le lyrique, notamment au modeste opéra de Wurtzbourg. Au niveau international, on l’a découvert dans des enregistrements de Nikolaus Harnoncourt, qui avait remarqué non seulement sa voix très sûre de baryton mais aussi sa capacité à dire le texte et à l’habiter de sens.
Au disque, on lui doit notamment une intégrale des lieder de Schumann, mais aussi des récitals consacrés à Schubert, Mahler, Mozart ou Brahms, ou encore à des musiciens moins familiers comme Othmar Schoeck ou Wolfgang Rihm. Ses apparitions à l’opéra sont rares mais, chaque fois, marquantes. Parmi ses rôles signatures, il y a le Wozzeck de Berg, Wolfram dans Tannhäuser, Golaud dans Pelléas et Mélisande ou le Comte des Noces de Figaro, mais on l’a remarqué aussi en Simon Boccanegra de Verdi, Amfortas dans Parsifal, Pelléas ou, tout récemment, Elias de Mendelssohn.
Christian Gerhaher réagit à l’évolution du monde en prenant, de temps en temps, des positions publiques. Pour les droits des artistes pendant la pandémie, pour la protection de l’enseignement artistique en Bavière plus récemment ou même, lors d’une campagne électorale, en soutien du SPD, le parti social démocrate. Loin de la langue de bois parfois presque promotionnelle de certains musiciens, Gerhaher cultive l’humilité et la sincérité comme des vertus cardinales, quitte à avouer son pessimisme sur l’évolution du monde qui l’entoure, mais aussi sur le cœur même de son art.
Jusque décembre, Christian Gerhaher sera sur la scène de l’Opéra de Paris pour incarner le Comte dans Le Nozze di Figaro de Mozart. En mars prochain, il sera au festival de Pâques de Salzbourg pour chanter son premier Wotan dans Das Rheingold. Entre les deux, il y aura évidemment nombre de récitals de mélodie aux quatre coins du monde classique.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.


55 - Vanessa Wagner, pianiste
Il y a déjà plus de trente ans que Vanessa Wagner fait partie des valeurs sûres der la scène pianistique française, et même internationale. Dotée d’un patronyme célèbre – mais il n’y a rien chez elle ni de germanique ni de wagnérien, et elle précise même préférer Verdi à son illustre homonyme – elle est née à Rennes en 1973. Ce qui n’en fait pas pour autant, loin s’en faut, une bretonne bretonnante.
C’est là, dans une famille intellectuellement et socialement favorisée, qu’elle a passé sa prime enfance, abordant le piano presque par hasard et sans réelle pression familiale mais montrant rapidement un talent hors du commun. Sortie à 12 ans diplômée du Conservatoire local avant de mettre quelques mois plus tard sur celui de Paris, le fameux CNSM. Une évolution évidente, mais un passage qui le sera moins, Vanessa Wagner tombant sur un pédagogue réputé qui veut la faire rentrer dans le moule où avaient été formés tous ses autres élèves et la jeune femme se révélant quelque peu rebelle.
Rebelle, Vanessa Wagner l’est restée jusqu’aujourd’hui. Par ses combats extra-musicaux – notamment pour les droits des animaux, elle s’est même présentée aux élections à Paris en 2017 sur les listes du Parti animaliste - mais aussi par ses choix musicaux. Elle joue et enregistre le grand répertoire pianistique traditionnel – de Mozart à Ravel en passant par Schumann et Debussy – mais elle est aussi une praticienne régulière du répertoire contemporain. Le répertoire contemporain que l’on pourrait qualifier de consensuel, bien sûr, avec des compositeurs largement reconnus comme par exemple Pascal Dusapin dont elle a créé et gravé plusieurs œuvres, mais aussi des musiciens moins consensuels comme les minimalistes américains. Sans oublier ses collaborations avec la scène électro, et notamment le DJ ; producteur et compositeur Murcoff, avec lequel elle a signé en 2016 un album marquant intitulé Statea. Car Vanessa Wagner est aussi et toujours curieuse d’explorer les sentiers non battus.
Consacré à l’intégrale des deux livres d’études de Philip Glass, son dernier enregistrement vient de sortir chez Infiné. Elle rêve pour l’avenir d’aborder Bach, et aussi les dernières sonates de Schubert, mais il est probable que d’autres musiciens plus inattendus viendront encore rejoindre son panthéon personnel.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
54 - Louis Langrée, chef d'orchestre
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53 - Lionel Lhote, baryton belge
En 2023, à la Monnaie, Lionel Lhote chantait Henry VIII fièrement installé sur le dos d’un superbe étalon espagnol. Et quand on lui en reparle aujourd’hui, on pense comprendre que sa fierté et son bonheur tenaient au moins autant à la posture et à la monture qu’au fait d’incarner, sur la première scène lyrique belge, le personnage central d’un opéra plutôt rare de Camille Saint-Saëns.
Né à Boussu en 1974, fils du ténor Edmond Lhote qui chanta régulièrement à la Monnaie dans les années 60 et 70, Lionel Lhote s’inscrit dans une lignée de grandes voix graves belges, avec notamment Jules Bastin, Marcel Vanaud – qui a été son professeur – et bien sûr José Van Dam, qu’il révère. Formé très jeune dans la troupe du très modeste opéra de Giessen, il a vite appris à chanter et à jouer dans plusieurs langues, et dan des genres musicaux très divers – du classique jusqu’au contemporain en passant bien sûr par le XIXe siècle qui reste son core business. Il a déjà à son actif quelques bonnes dizaines de rôles, mais il n’a même pas encore pris le temps d’en dresser la liste : quand on aime on ne compte pas.
Passé par le Concours Reine Elisabeth en 2004 – un concours que, enfant, il avait envisagé de présenter comme pianiste – Lionel Lhote est un des rares chanteurs belges à faire tout à la fois une carrière internationale – Festival de Glyndebourne ou d’Aix-en-Provence, Opéras de Paris et de Lyon, Grand Théâtre de Genève, Scala de Milan …- et à être prophète en son pays : il s’est plusieurs fois produit sur les trois lyriques scènes belges, et reste aujourd’hui un pilier régulier de la Monnaie comme de l’Opéra de Liège.
Parfois un peu bravache, revendiquant un certain bon sens populaire, chauvin et fier de l’être – jusque dans l’amour des frites qu’il professera dans cette émission – Lhote est aussi un bon vivant même s’il ne boit pas d’alcool, aimant faire bonne chère, monter de beaux chevaux et raconter des histoires drôles. At avec beaucoup de naturel, on l’entend dans cet Autoportrait lancer quelques appels aux programmateurs, qu’il s’agisse de L’attaque du Moulin, opéra oublié de Bruneau qui fut un tube au XIXe siècle, ou des rôles wagnériens qu’il rêve de chanter.
Lionel Lhote est jusqu’au 9 octobre sur la scène de la Monnaie pour incarner Ford dans le très beau Falstaff d’Alain Altinoglu et Laurent Pelly. Il sera également à Liège le 28 novembre dans le cadre du gala de la Fondation Jodie Devos. Dans la suite de sa saison, on pointera notamment Enrico dans Lucia di Lammermoor à l’Opéra de Toulouse et le rôle-titre de Rigoletto à Lausanne.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
52 - Kristjan Järvi, chef d'orchestre
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51 - Antonio Pappano, chef d'orchestre
Evidemment, pour le public belge, Antonio Pappano restera à jamais l’ancien directeur musical de la Monnaie, celui qui a conduit et fait grandir l’orchestre après Sylvain Cambreling et avant Kazushi Ono, et qui a dirigé quelques-unes des productions les plus marquantes de la maison lyrique bruxelloise pendant les deux premiers tiers du règne de Bernard Foccroulle, entre 1992 et 2002. Mais on ne peut ainsi réduire ainsi à ce prisme un peu chauvin l’extraordinaire carrière de ce chef d’orchestre majeur de notre temps, aussi à l’aise dans le symphonique que dans le lyrique, et qui semble avoir pris le meilleur de ses origines italiennes, anglaises et un peu américaines aussi.
Une carrière qui est loin d’être terminée puisque, après avoir été directeur musical du Covent Garden de Londres pendant 22 ans mais aussi patron de l’Accademia Santa Cecilia de Rome durant 18 ans, il vient de prendre la tête du London Symphony Orchestra, une des formations britanniques les plus en vue. Pas mal, pour un musicien qui reconnaît aujourd’hui que, dans son enfance, il n’avait jamais rêvé d’être chef d’orchestre.
Antonio Pappano est né le 30 décembre 1959 à Epping, une petite bourgade de 12.000 habitants située dans l’Essex à 40 km au nord-est de Londres. Ses parents, des immigrés italiens, étaient arrivés là depuis la Campanie et son père, professeur de chant, a très vite fait du jeune Antonio son pianiste répétiteur, y compris quand ils sont partis s’installer aux Etats-Unis quand il avait treize ans. Une école exigeante mais éminemment formatrice qui explique sans doute sa versatilité comme chef, mais aussi sa capacité à pratiquer toujours le piano à haut niveau.
Le chef anglais est actuellement en tournée européenne avec le London Symphony Orchestra, et ils s’arrêteront à Bruxelles, à Bozar, le samedi 4 octobre pour jouer Rossini, Chopin et Chostakovitch. Ses disques paraissent soit sur le label du London Symphony Orchestra, soit chez Warner Classics, qui a notamment publié un coffret de 27 cd reprenant l’intégralité des enregistrements de musique symphonique et de musique sacrée qu’il a réalisés avec l’Orchestre de l’Accademia Santa Cecilia de Rome.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.


50 - Lea Desandre, mezzo-soprano
Au firmament des étoiles du monde lyrique apparues ces dernières années, Lea Desandre brille de façon aussi visible qu’audible.
Italo-française – elle insiste bien pour que son nom de famille soir prononcé Dézandré et non Desandre même si elle n’est pas tout à fait sûre que ce patronyme hérité de son nonno italien ne soit pas d’origine française, cette mezzo-soprano née en 1993 avait une grand-mère dans les chœurs de l’Opéra de Bordeaux. Mais c’est plutôt dans les milieux du cinéma qu’elle a grandi dans une famille manifestement ouverte à la pratique artistique : la jeune Lea, légèrement hyperactive, a pu pendant un certain temps cumuler la danse et le chant avec le tennis, le volley et le golf. Adolescente, elle s’est fait également remarquer en créant et en animant une fanpage sur la soprano Natalie Dessay.
Inscrite quelques mois à la Sorbonne en littérature italienne, elle a peu fréquenté les amphis. C’est une instinctive, un peu rétive aux institutions, et elle met une certaine coquetterie aujourd’hui à préciser qu’elle n’a aucun diplôme, ce qui ne l’empêche pas d’avoir décroché un contrat avec une grande multinationale du disque – Erato, branche française du groupe Warner Classics - et d’être devenue une des hôtes régulières du festival de Salzbourg, qu’elle considère aujourd’hui comme une de ses deux bases professionnelles favorites, l’autre étant l’Opéra de Paris.
Dotée d’une force de travail peu commune et d’une volonté impressionnante, Lea Desandre a reçu l’aide de quelques bonnes fées, notamment la contralto Sara Mingardo auprès de laquelle elle s’est formée durant deux ans à Venise, le chef William Christie, qui l’a choisie toute jeune pour lui permettre de croître dans son Jardin des voix, ou sa collègue mezzo-soprano Cecilia Bartoli. De quoi lui permettre de gravir rapidement les échelons de la notoriété. L’occasion de l’inviter à se prêter à l’exercice de l’Autoportrait, entre deux balades dans l’arrière-pays salzbourgeois à la poursuite de Maria Von Trapp, alias Julie Andrews, une autre de ses passions.
Enregistré avec son compagnon, le luthiste Thomas Dunford, Songs of Passion, le nouveau CD de Lea Desandre vient de sorti chez Erato. Le programme de ce disque sera d’ailleurs au centre du concert qu’elle donnera le 20 septembre à Bozar à Bruxelles, premier d’une série de quatre qui comprendra notamment aussi une représentation en concert de Theodora de Haendel le 15 octobre.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
49 - Nathalie Stutzmann
Chaque semaine Nicolas Blanmont reçoit un artiste du monde musical pour brosser, le temps d'une émission, son autoportrait.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
48 - Sophie Junker
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47 - Paul van Nevel
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46 - Jean-François Zygel
La leçon de musique, Les clés de l’orchestre, La boîte à musique, Zygel académie ou Entre duel et duo : le grand public connaît avant tout Jean-François Zygel par ses émissions de télévision, des émissions de qualité, empreintes à la fois d’une grande rigueur musicologique et de réelles vertus pédagogiques, des émissions dignes des légendaires Young’s person guide to the orchestra de Leonard Bernstein, des émissions dont peuvent s’enorgueillir les services publics qui les diffusent, France Télévision ou la RTBF. Jean-François Zygel s’est également produit en radio – France Musique ou France Inter, et on le retrouve bien sûr en podcast comme en DVD.
Mais on ne devient pas pédagogue et passeur de musiques sans, en amont, une très solide formation musicale. Né en 1960 dans une famille de non musiciens, Zygel a conquis pas moins de dix premiers prix au CNSM de Paris (harmonie, contrepoint, fugue, analyse, accompagnement piano, direction de chant, musique de chambre, recherche en analyse, orchestration et composition), remporté un Concours d’improvisation à 22 ans, inventé nombre de compositeurs inexistants pour faire accepter ses improvisations et composé ou improvisé – on reviendra sur la frontière entre les deux – la musique d’accompagnement d’une impressionnante quantité de films muets : Nana de Jean Renoir, L’argent de Marcel L'Herbier, La Femme sur la lune de Fritz Lang, La Belle Nivernaise de Jean Epstein ou encore L'Aurore, Le Fantôme de l'Opéra ou le Napoléon d'Abel Gance pour n’en citer que quelques-uns.
Sur scène, il se produit soit en solo comme improvisateur, soit en duo ou petits ensembles avec des musiciens aussi différents que Chilly Gonzales, Didier Lockwood, Gabriela Montero, Bobby McFerrin, Michel Portal, Ibrahim Maalouf, Abd Al Malik, André Manoukian, Thomas Enhco ou Thomas Bloch, là aussi pour n’en citer que quelques-uns.
Le tout valait bien qu’on lui tire un Autoportrait, où il parle aussi de ses origines juives sépharades, de ses grands-parents analphabètes ou de la distinction toujours sacrée pour lui entre art et divertissement.Distribué par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
45 - Elsa DREISIG
Chaque semaine Nicolas Blanmont reçoit un artiste du monde musical pour brosser, le temps d'une émission, son autoportrait.Distribué par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.


44 - Céline Frisch
Céline Frisch raconte joliment avoir choisi le clavecin quand, plutôt introvertie mais passionnée par la musique de Bach, elle avait l’illusion qu’on pouvait se cacher derrière cet instrument comme le Bernard l’Ermite dans sa coquille. Elle en est devenue aujourd’hui une des interprètes les plus en vue, même si sa vie se partage entre les concerts et enregistrements qu’elle signe en solo, et ceux qu’elle réalise avec l’ensemble qu’elle a fondé un bon quart de siècle : Café Zimmerman, du nom de l’établissement de Leipzig où Johann-Sebastian Bach retrouvait ses amis pour faire de la musique.
Bach, c’est sans nul doute le compositeur de référence de Céline Frisch, que ce soit comme claveciniste soliste – elle a déjà enregistré les Variations Goldberg, les deux Livres du Clavier bien tempéré et les Partitas, qui seront publiées à la rentrée – ou comme fondatrice et âme de Café Zimmermann, puisqu’ils ont gravé ensemble l’intégrale de sa musique avec plusieurs instruments. C’est par Bach qu’elle est venue à sa musique, elle dont l’ascendance paternelle remontait aux brumes du Nord de l’Allemagne, dans des terres alors danoises, mais qui naquit au bord de la Méditerranée le 8 juin 1974. Car Céline Frisch, on aurait peine à le croire en l’écoutant car elle n’en a pas l’accent chantant, est d’origine marseillaise.
Peut-être a-t-elle perdu son accent au fil de ses pérégrinations et rencontres ? Après le Conservatoire d’Aix-en-Provence, elle s’est formée à la Schola Cantorum Basiliensis, notamment auprès d’Andreas Staier. C’est là aussi qu’elle a rencontré le violoniste Pablo Valetti, avec lequel elle a fondé Café Zimmermann. Et c’est à l’Université de Vienne qu’elle enseigne aujourd’hui le clavecin, même si ses disques sont publiés par le label français Alpha. Elle aime d’ailleurs aussi jouer le clavecin français, et a notamment enregistré Rameau ou d’Anglebert.
Bonne nouvelle : on a retrouvé Céline Frisch derrière son clavecin, et elle se raconte au micro d’Autoportrait.Distribué par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.


43 - Alexandre Kantorow, pianiste
La plupart du temps, les invités de la série Autoportrait ont un âge respectable et, derrière eux, une carrière qui a parfois même commencé au XXe siècle. On sait bien sûr que la valeur n’attend pas le nombre des années mais, forcément, les anciens offrent une plus large surface à portraitiser.
Alors évidemment, si on annonce un Autoportrait de Kantorow, les aînés penseront à Jean-Jacques, à la fois violoniste et chef d’orchestre, d’autant qu’il s’est souvent produit en Belgique ou avec des orchestres belges, notamment celui, Royal et Philharmonique, de Liège.
Mais, pas de chance pour lui – mais si en fait, c’est une chance immense et on ne doute pas qu’il s’en réjouisse, Jean-Jacques Kantorow est de ces pères qui doivent se refaire un prénom parce que leur rejeton est tout sauf rejeté. Alexandre Kantorow, né le 20 mai 1997 à Clermont-Ferrand, a d’abord été remarqué dans le sillage de son père, avant de prendre les devants de la scène quand il a, en juin 2019, remporté le premier prix et la médaille d'or au Concours international Tchaïkovski à Moscou.
Des Français qui gagnent un grand concours de musique international, forcément, cela cocorique un peu, dans l’hexagone mais aussi en dehors, et force est de reconnaître que le talent immense d’Alexandre Kantorow, aussi pianiste que son père est violoniste, a été très vite reconnu dans toute la planète classique, bien au-delà des frontières françaises.
Alors quand, en plus, il s’est produit lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris le 26 juillet 2024, non pas tout nu et peint en schtroumpf sur une table dont on n’a pas fini de gloser sur sa signification religieuse ou pas, ni même accroché à la façade de la conciergerie en chantant du métal, mais en jouant sous une pluie battante les très prédestinés Jeux d’eau de Maurice Ravel, sa notoriété a encore été décuplée.
Ce qui ne l’empêche pas de se prêter à l’exercice de l’Autoportrait, ce dont on se réjouit. Ce sera même l’occasion de prendre des nouvelles du piano mouillé…
Alexandre Kantorow sera à Bozar le lundi 23 juin pour jouer le deuxième concerto de Saint-Saëns en compagnie de l’Orchestre Métropolitain de Montréal dirigé par Yannick Nézet-Séguin.Distribué par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
42 - Thomas Blondelle
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41 - Schuiten
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40 - Stéphanie d'Oustrac
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39 - Roger Muraro
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38 - Jean-Louis Grinda, directeur et metteur en scène d'opéra
Jean-Louis Grinda, entre deux principautés
A Liège, Jean-Louis Grinda est bien connu. De 1993 à 2007, il fut le directeur artistique puis le directeur général de l’Opéra Royal de Wallonie. Son mandat fut une période riche et mémorable, qu’on évoque avec une certaine nostalgie pour la diversité et plus d’une fois l’audace de la programmation, pour des entreprises hors normes – comme une Tétralogie wagnérienne, la première jamais donnée dans la cité ardente - mais aussi pour, déjà, la qualité et le prestige de quelques grands noms qu’il y fait venir.
Arrivé à Liège 33 ans, Grinda est entré par le bureau directorial et sorti par l’entrée des artistes, ayant complété son emploi de patron par une série de mandats de metteur en scène : d’abord par hasard, en remplacement, pour Chantons sous la pluie puis Pagliacci, puis La Périchole et puis carrément la Tétralogie précitée, mais aussi ensuite de façon de plus en plus assumée.
Par hasard ? Peut-être pas tout à fait. Fils d’un baryton devenu directeur d’opéra et d’une soprano réputée dans le monde de l’opérette, lui-même chanteur contrarié, Grinda a beau avoir fait des études de droit et d’économie : c’est un enfant de la balle, et on n’échappe pas à son destin.
Depuis qu’il a quitté la principauté de Liège pour une autre principauté, la sienne, Grinda le Monégasque a occupé la direction de l’Opéra de Monte-Carlo pendant une bonne quinzaine d’années avant de céder la place à Cecilia Bartoli. Et il est toujours aujourd’hui le patron des Chorégies d’Orange, le festival qui se donne chaque mois de juillet dans le célèbre théâtre antique. Mais Grinda est aussi un metteur en scène demandé aux quatre coins de la planète lyrique, assurément du genre plutôt classique mais pas pour autant poussiéreux. Ce qui, dans l’univers du Regietheater, est un positionnement alternatif mais pas inintéressant.
Il est même, on l’ignore souvent, parlementaire, avec une véritable carrière politique. Ce qui ne l’empêchait pas d’être encore en mars 2025 à Liège pour mettre en scène Guillaume Tell de Rossini.Distribué par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
37 - Denis Raisin Dadre
Chaque semaine Nicolas Blanmont reçoit un artiste du monde musical pour brosser, le temps d'une émission, son autoportrait.Distribué par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
36 - Serge Dorny
Chaque semaine Nicolas Blanmont reçoit un artiste du monde musical pour brosser, le temps d'une émission, son autoportrait.


35 - Alice Sara Ott, pianiste
Parmi les jeunes musiciennes apparues ces dernières années au firmament du monde classique, Alice Sara Ott tient une place particulière. Parce que son nom en trois temps claque comme un pseudonyme alors qu’il ne l’est pas, parce qu’elle est l’étonnante rencontre des cultures allemandes et japonaises, parce que, comme ses collègues Yuja Wang ou Katia Buniatishvli, elle attire les regards au moins autant que les écoutes ou encore parce que chacun de ses disques, chacun de ses concerts, chacun de ses éléments de communication est soigneusement servi avec un sens de l’élégance et même du glamour, mais sans jamais tomber dans l’exagéré ou le vulgaire.
Née en 1988 à Munich d'une mère japonaise pianiste et d'un père allemand ingénieur, elle s’est formée au Mozarteum de Salzbourg, notamment avec le fameux professeur Karl-Heinz Kämmerling qu’on connaît en Belgique pour l’avoir vu souvent siéger dans le jury du Concours Reine Elisabeth. Elle a été suffisamment précoce pour échapper presque totalement à la case Grand concours, et elle a rejoint depuis près de vingt ans la prestigieuse écurie Deutsche Grammophon, avec à la clé des enregistrements Liszt ou Chopin, Beethoven ou Schubert, Tchaïkovski ou Moussorgski ainsi que des compositeurs contemporains ou en tout cas de la deuxième moitié du XXe siècle.
Plus récemment, la pianiste a également fait l’actualité pour des raisons de santé, révélant en 2019 souffrir de sclérose en plaques. Heureusement, le traitement médical de cette maladie a évolué depuis qu’elle a emporté la légendaire Jacqueline du Pré en 1987: depuis cette annonce sur laquelle elle s’expliquera ici, Ott poursuit sa carrière sans désemparer, et cet Autoportrait est une jolie façon de nous dire Je vais bien, ne t’en fais pas.
Le dernier disque d’Alice Sara Ott, consacré aux nocturnes de John Field, vient de paraître chez Deutsche Grammophon. Elle sera en concert le 16 mars au Singel à Anvers pour jouer, en miroir, de œuvres de John Field et de son contemporain Ludwig van Beethoven.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.


34 - Apolline Jesupret, compositrice belge
De façon un peu cynique, on pourrait dire d’Apolline Jesupret qu’elle cumule les handicaps. Elle écrit de la musique classique, quand les gens de sa génération consomment plutôt du rap ou du RnB. Mais, pour les amateurs de musique classique, elle fait partie du monde un peu intimidant, trouble voire suspect, de la musique contemporaine. Et justement, dans cet univers conservateur où les années sont encore perçues comme facteurs de compétence, voire de qualité, son jeune âge – trente ans à peine – ne lui ouvre pas nécessairement les portes.
On peut encore ajouter, pour ceux qui ne l’auraient pas compris, qu’elle est une femme, et on sait que la musique classique écrite par des femmes représente moins de 10% de la musique jouée dans les salles de concert. Et, pour parfaire le tout, elle n’est ni originaire ni citoyenne de Bruxelles, et encore moins de Paris, mais préfère vivre au fin fond la campagne hennuyère où elle est née et où elle a grandi.
Tout cela n’empêche pas la plus reconnue des compositrices wallonnes actuelles d’être, depuis quelque temps déjà, au centre de l’actualité. Des commandes de grandes institutions musicales belges, deux disques monographiques en l’espace d’un an à peine sur le label Cyprès, mais aussi une présence régulière à Ars Musica ou des concerts dans les endroits qui comptent comme le Botanique à Bruxelles ou Mars à Mons. On finirait presque par se demander : où s’arrêtera Apolline Jesupret ? En écoutant son Autoportrait, on découvre qu’elle sait où elle va, et qu’elle a tout ce qu’il faut de force tranquille pour ne pas s’arrêter de sitôt. Et sa musique, bien que savante, a ce qu’il faut d’instinctivité et de beauté pour séduire non seulement les mélomanes habituels, mais aussi ceux ne s’intéressent pas normalement à la musique classique.
Apolline Jesupret sera au centre d’un concert monographique donné au MARS de Mons le lundi 10 mars 2025. Intitulé bleu ardent, le second disque consacré à sa musique paraît en ce printemps sur le label Cyprès, en version numérique le 28 février et en support physique le 9 mai. Et son premier album, lueurs, est toujours disponible sur le même label.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.


33 - Alexandre Tharaud, pianiste
Quand on le découvre avec son visage d’ange et sa voix douce, on se dit qu’Alexandre Tharaud aurait mérité qu’on reprenne pour lui les mots de Chopin sur Bellini : c’est un soupir en escarpin. Né en 1968 à Paris d’un père chanteur qui avait fini par prendre la gestion d’un garage Citroën pour faire vivre sa petite famille et d’une mère professeur de danse, il a d’abord été initié au piano par une élève de Marguerite Long, avant d’entrer à 14 ans au Conservatoire national supérieur de musique de Paris et d’en sortir à 17 avec un Premier Prix. Quatre décennies plus tard, il est aujourd’hui un des musiciens français les plus en vue et les plus respecté. Il a sa légende – et notamment le fait de en pas avoir de piano chez lui et de ne jouer que sur ceux des autres – , ses fans inconditionnels et ses détracteurs – plus discrets, et le temps ne semble pas avoir d’emprise sur lui.
Pourtant, même s’il se définit comme un paresseux contrarié, Tharaud est plutôt un hyperactif. Concerts fréquents, disques nombreux, on l’admire tout autant quand il joue des pièces pour clavecin au piano – Bach et Scarlatti bien sûr, mais aussi Rameau, Couperin et d’autres maîtres, grands et petits, du baroque français – que quand il joue des oeuvres contemporaines signées notamment Kodály, Kurtág, Jelek, Kagel ou Pécou. Et puis, il y a bien sûr tout le répertoire entre ces deux extrêmes : Mozart, Beethoven Schubert, Chopin mais aussi Chabrier, Debussy, Ravel, Satie, Poulenc, et plein d’autres encore.
Abondante et protéiforme, sa discographie est d’abord parue chez Harmonia Mundi avant de s’épanouir chez Erato/Warner Classics. On a pu le voir au cinéma, dans Amour de Michael Haneke en 2012 avec Emmanuelle Riva, Isabelle Huppert et Jean-Louis Trintignant, où il jouait son propre rôle, ou en 2024 dans Boléro, le film d’Anne Fontaine consacré à Maurice Ravel et où il joue le rôle du critique Pierre Lalo. Sur Instagram, il propose des visions poétiquement décalée des pianos qu’il rencontre. On le sait également grand admirateur de Barbara car, loin de s’enfermer dans une bulle classique, il a collaboré avec des gens aussi différents que Bartabas, Benabar, Juliette, Juliette Binoche ou François Morel.
Paru fin 2024, son dernier disque est consacré à des transcriptions pour piano d’œuvres de Bach qui n’étaient pas nécessairement conçues pour le clavier. Il sera le vendredi 7 février à Bozar à Bruxelles et le samedi 8 au Namur Concert Hall pour jouer les deux concertos pour piano de Maurice Ravel.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.


32 - Pierre Audi, metteur en scène
Il y a au moins deux vies parallèles chez Pierre Audi. Ce franco-libanais né en 1957 est connu aujourd’hui comme le directeur du Festival d’Aix-en-Provence, un poste où il a succédé en 2018 au Belge Bernard Foccroulle. Manager culturel de haut vol, Audi a commencé en animant un ciné-club à Beyrouth lorsqu’il était adolescent, avant de s’installer en Europe de l’Ouest. Après avoir étudié à Paris puis à Oxford, il a fondé en 1979 le Théâtre Almeida à Londres, dans un bâtiment classé du XIXe siècle qu’il avait acheté de ses propres deniers. Il y a créé et animé un festival international de Musique contemporaine et de Performance qui a été, dans les années 80, un des phares culturels de la capitale anglaise, avec notamment des créations britanniques ou mondiales de Steve Reich, Philip Glass, Morton Feldman, Elliott Carter, Arvo Pärt, Alfred Schnittke, Wolfgang Rihm, Toru Takemitsu ou Giacinto Scelsi, pour ne citer que les plus fameux.
Un bilan tellement impressionnant que, sans grande expérience de l’opéra, Audi a été engagé en 1988, à trente ans à peine, pour diriger le tout nouvel Opéra d’Amsterdam dans le majestueux Muziektheater qui venait d’être construit au bord de l’Amstel. Une institution et un bâtiment qu’il a marqués de son empreinte puisqu’il y est resté trente ans, comptant notamment parmi ses collaborateurs fidèles Peter de Caluwe, le futur patron de la Monnaie à Bruxelles. Une période artistique faste, avec une diversité des répertoires – du baroque au contemporain – mais aussi une diversité des esthétiques théâtrales, entre tradition anglo-saxonne et Regietheater à l’allemande.
Durant ses années à Amsterdam, Pierre Audi a également renoué avec l’autre versant de ses activités, qu’il avait inauguré à Oxford avec un Timon d’Athènes de Shakespeare : la mise en scène. Ce fut d’abord Le Retour d’Ulisse dans sa patrie de Monteverdi avec le claveciniste Greg Wilson, puis une série d’autres ouvrages dont la Tétralogie wagnérienne, une production développée et représentée durant une quinzaine d’années. Mais Audi est devenu aussi un metteur en scène apprécié et demandé aux quatre coins de la planète lyrique, particulièrement pour les créations de nouveaux opéras mais pas seulement. A telle enseigne que, quand la Monnaie a dû au printemps 2024 trouver en quinze jours un remplaçant pour Romeo Castellucci, qui quittait à mi-parcours son Ring avec Alain Altinoglu, le choix de Audi s’est rapidement imposé. Lui seul avait la connaissance de l’œuvre et l’expérience requises pour relever le défi d’une Tétralogie à sauver et poursuivre avec moins de six mois de délai.
On pourra voir et entendre Le crépuscule des dieux d’Altinoglu et Audi sur Auvio et Musiq3 le 23 février dès 15h.


31 - Gergely Madaras, chef d'orchestre
Gergely Madaras vient de fêter ses quarante ans. Un pivot pour certains mais, pour lui, le cap sera surtout franchi à l’été 2025 quand il quittera ses fonctions de directeur musical de l’Orchestre Philharmonique de Liège pour transmettre le bâton à Lionel Bringuier. Arrivé à la tête de l’OPRL en 2019, le chef hongrois aura, malgré la parenthèse du Covid, donné aux Liégeois une ère riche en concerts et projets mémorables, avec notamment le bicentenaire de la naissance de César Franck mais aussi avec plusieurs enregistrements importants.
Diplômé en flûte, en violon, en composition et en direction d’orchestre, d’abord à l’Université de musique Franz-Liszt de Budapest puis à l’Académie de musique et des arts du spectacle de Vienne, Madaras a suivi des master classes notamment avec Pierre Boulez, James Levine, Simon Rattle, Colin Davis, Mariss Jansons, Mark Elder ou David Zinman. Il a également fondé avec sa femme, la flûtiste Noémi Győri, les Youth Contemporary Music Evenings de Budapest, puis l’Orchestre symphonique des jeunes de sa ville natale.
Profondément renouvelé dans son effectif, l’OPRL a connu grâce au dynamisme et à la clairvoyance de Madaras un saut qualitatif, et le public ne s’y est pas trompé qui a repris le chemin de la Salle Philharmonique depuis la fin de la pandémie. Il leur a apporté un regard sur la musique hongroise – un disque Liszt vient de sortir, et une intégrale de l’œuvre pour orchestre d’Ernö Dohnanyi est en cours d’enregistrement – mais son séjour belge lui aura aussi permis de faire ses débuts à la Monnaie pour diriger en juin 2023 Le Nez de Chostakovitch. Car Madaras est aussi un chef lyrique expérimenté, qui a souvent dirigé à l’Opéra de Budapest et dans d’autres salles européennes.
En cet automne 2024, son programme d’adieu au public liégeois prend un tour décidément beethovenien. Après le concerto pour violon, joué en ouverture de saison, il dirigera l’OPRL et le Chœur de Chambre de Namur dans la monumentale Missa Solemnis : un concert donné à Namur le 4 octobre et à Liège le 5. Et en novembre, ils partiront ensemble en Hongrie, pour y porter la bonne parole franckiste. Echange de bons procédés ?
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42 - Pierre Genisson, clarinettiste
Sur les pochettes de ses disques, Pierre Génisson se la joue plutôt beau gosse méditerranéen. Cheveux jais, yeux de braise, avec ou sans barbe, la clarinette à la main et le regard romantiquement perdu dans ses pensées avec, en option, léger sourire en coin. Presque Jean Dujardin dans OSS 117.
Pourtant, aussi séduisante soit l’image, on aurait tort de s’y arrêter. Parce que ce Français cuvée 1986 est un formidable clarinettiste, toujours en quête du l’instrument le plus adéquat pour chaque répertoire qu’il aborde et des volontés des compositeurs. Et qui en aborde beaucoup, des répertoires, du classicisme qu’il met un point d’honneur à jouer de façon historiquement informée jusqu’aux compositeurs d’aujourd’hui qui écrivent pour lui, en passant par le romantisme, le jazz ou le klezmer.
Mais aussi et peut-être surtout parce que, derrière le portrait léché sorti des fameux Studio Harcourt, il y a un musicien qui n’a rien oublié de ses origines et de son enfance, qui a beaucoup douté, connu ses errances et même failli abandonner le classique pour virer complètement dans la variété : on l’a même vu dans l’orchestre de la Star Academy.
Pierre Génisson, c’est tout simplement un musicien honnête, qui ne tente pas d’embellir son parcours et qui sait prendre le temps de regarder en arrière. Et c’est aussi cette sincérité qui le rend attachant.
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28 - Véronique Gens, soprano
Quelle chanteuse peut se vanter d'avoir enregistré non seulement les premiers rôles dans Armide de Lully, Hippolyte et Aricie ou Dardanus de Rameau, Didon et Enée ou King Arthur de Purcell, Les Noces de Figaro, Don Giovanni ou Cosi fan tutte de Mozart, Faust de Gounod, mais aussi dans des raretés comme Phaéton de Lully, Scylla et Glaucus de Leclair, Hercule mourant de Dauvergne, Niobe de Steffani, Armida abbandonata de Jommelli, Herculanum de David, Cinq-Mars de Gounod, La jacquerie de Lalo, Proserpine de Saint-Saëns, Dante de Godard, La Reine de Chypre de Halevy, Maître Peronilla d’Offenbach, O mon bel inconnu de Hahn, Passionnément de Messager, La fille de Madame Angot de Lecocq ou Hulda de César Franck ? Véronique Gens.
Quelle chanteuse peut, en sus de tous les précédents, se targuer d’avoir publiés trois disques consacrés aux grandes tragédiennes de l’opéra français, avec des airs de Lully à Verdi en passant notamment par Campra, Mondonville, Rameau Leclair, Royer, Gluck Sacchini, Piccinni, Berlioz, Grétry, Cherubini, Méhul, Gossec, Meyerbeer, sans oublier une vingtaine de disques de mélodies françaises en tous genres, ou encore divers albums de musique baroque sacrée française ou italienne ? Véronique Gens.
Et quand Véronique Gens, qu’on a vue aussi à la Monnaie chanter Donna Elvira, Vitellia, les deux Iphigénie ou Madame Lidoine, raconte que tout est venu par hasard et par enchaînement de circonstances, et qu’elle aurait très bien pu faire autre chose de sa vie, par exemple coiffeuse, on est même prêt à la croire. Mais c’aurait été bien dommage pour la vie musicale.
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27 - Philippe Pierlot, violiste
Né à Liège en 1958, Philippe Pierlot partage ses souvenirs d’enfance entre Liège et Spa. D’un côté, cette cité ardente où il prenait des cours de guitare au-dessus d’un bordel, puis fréquenta le Conservatoire à la grande époque d’Henri Pousseur. De l’autre, cette ville de cure mondialement célèbre où il vit aujourd’hui et où, rappelle-t-il volontiers même s’il n’y était pas, Claudio Monteverdi lui-même vint y prendre les eaux en compagnie de son employeur, le Duc de Mantoue.
Philippe Pierlot, c’est l’histoire d’un être plutôt doux qui, de la guitare au luth puis du luth à la viole de gambe, de Philippe Herreweghe à Jordi Savall, de Musica Aurea au Ricercar Consort (fondé avec Bernard Foccroulle), est devenu une des personnalités les plus respectées dans le monde de la musique ancienne. Comme violiste et comme chef, même s’il est le premier à récuser cette qualification. Il n’est pas du genre à faire de grandes déclarations provocatrices mais, même avec des airs de père tranquille et même sans faire de vagues, il sait ce qu’il veut et sait y arriver. Admirateur de Beethoven, il ne se sent pas obligé de diriger ses symphonies pour autant : ses terrains de prédilection sont déjà assez larges, du baroque allemand aux pièces pour viole de Marin Marais et Sainte-Colombe, en passant par le consort de viole anglais et la musique italienne.
Philippe Pierlot sera le 30 mars à Liège pour diriger la Passion selon Saint-Matthieu de Bach, une Mecque pour ce grand connaisseur de tout ce que le Cantor doit à ses prédécesseurs. Son nouveau disque avec le Ricercar Consort, paru chez Mirare, réunit des œuvres de Heinrich Schütz qui appellent au retour de la paix : une musique qui ne manque pas d’actualité.
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26 - Nathalie Dessay, soprano colorature
Elle a été, pendant plus de vingt ans, une des plus grandes stars de l’opéra. Une voix de soprano léger exceptionnelle par sa souplesse, sa netteté et sa projection, mais aussi une intelligence brillante et un talent d’actrice hors norme. Sa Reine de la Nuit de Mozart, son Olympia d’Offenbach ou sa Zerbinetta de Strauss restent des références absolues, mais on n’a pas oublié non plus ses Aminta, Lucia, Ophélie, Amina, Blondchen, Morgana, Manon ou Mélisande. Et elle a même osé Violetta, qui n’était a priori pas pour elle. C’est que Natalie Dessay, née Nathalie Dessaix à Lyon en 1965 et délestée du h de son prénom en hommage à l’actrice américaine Natalie Wood, s’est très vite sentie à l’étroit dans les emplois de coloratures et a voulu conquérir des personnages plus intéressants.
En 1998, elle avait déclaré à La Libre Belgique, évoquant ces rôles brillants mais souvent un peu creux : " Ça peut être sympa de faire la poupée à 25 ans, mais, à 35, je ne suis pas sûre. Enfin si, je suis sûre..." Et elle disait aussi "Enfant, je rêvais d’être comédienne. Ce n’était pas tellement la musique qui m’intéressait, car la musique, si on a envie de l’écouter, on se met un disque ou on se la chante à soi-même. Le théâtre, on ne peut se le jouer à soi-même, mais finalement, j’y suis arrivée par le chant."
Quand, à la quarantaine, sa voix a commencé à manifester des signes de fragilité, quand elle s’est rendue compte que les rôles plus intenses qui la tentaient ne seraient jamais pour elle, elle a pris la décision logique mais éminemment honnête et courageuse de raccrocher les gants : en 2013, elle faisait ses adieux à l’opéra et n’y est plus revenue.
Elle continue à chanter des mélodies avec le pianiste Philippe Cassard, elle a publié des disques consacrés à Michel Legrand ou Claude Nougaro mais, aussi et surtout, elle s’est lancée dans le théâtre parlé. Elle y a même retrouvé récemment Laurent Pelly, un de ses metteurs en scène fétiche de l’époque opéra, pour L’impresario de Smyrne, une pièce de Goldoni où elle joue le rôle de Madame Tognina, une diva d’opéra.
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25 - Michael Spyres, baryténor
Arrivé au milieu de la quarantaine, Michael Spyres a le monde musical à ses pieds. Ce ténor américain autodidacte fait l’unanimité, tant dans le monde de l’opéra que dans les cercles pointus du baroque ou de l’oratorio. On loue sa capacité d’adaptation, ses talents pour les langues – son français chanté, notamment, est souvent plus clair et plus compréhensible que celui de nombre de ses collègues francophones de naissance – et surtout, sa voix de baryténor, terme ancien qu’il a ressuscité et réhabilité. Un baryton qui monte plus haut que les autres barytons, ou un ténor qui descend plus bas que les autres ténors.
Formé dans les chœurs – notamment au célèbre Arnold Schoenberg Chor de Vienne, mais aussi aux journées chorales internationales de Namur - il a conquis peu à peu ses galons de soliste en se faisant remarquer dans des petits rôles, au point d’avoir déjà 83 personnages à son compteur scénique. Rien qu’en français, quel autre ténor peut se vanter aujourd’hui de s’être produit dans La Nonne sanglante de Gounod, Le Postillon de Lonjumeau d’Adam, Le pré aux clercs d’Hérold et même La Muette de Portici d’Auber, qu’il chanta à Paris sous la direction du regretté Patrick Davin dans une coproduction de la Monnaie qui n’a finalement jamais été donnée à Bruxelles ?
Au moment où il vient de réussir brillamment ses débuts dans le rôle de Lohengrin et où il publie In the shadow, un passionnant récital d’airs wagnériens et préwagnériens enregistré avec Christophe Rousset et ses Talens Lyriques, et alors qu’il fera ses débuts cet été au Festspielhaus de Bayreuth dans le rôle de Siegmund, rencontre avec un chanteur attachant et atypique qui n’a pas oublié que c’est comme ouvrier sur les chantiers de construction ou comme jardinier dans son Missouri natal, en écoutant Björling, Corelli ou Pavarotti sur son Walkman, qu’il a travaillé et découvert sa voix.
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24 - Lionel Meunier, chef d'orchestre et chanteur basse
Lionel Meunier ne passe pas inaperçu. On pourrait même le qualifier de géant, mais un géant plutôt doux : même s’il reconnaît être assez exigeant, conséquence sans doute d’un perfectionnisme absolu, il ne mange ni les petits enfants, ni même les chanteurs de Vox Luminis, l’ensemble vocal qu’il a créé voici juste vingt ans.
Venu du fin fond de la Bourgogne, éveillé à la musique classique par le légendaire Grand Echiquier de Jacques Chancel, ce Français de milieu modeste a d’abord appris la trompette et la flûte avant de découvrir le chant lors d’un stage en Wallonie. Aujourd’hui Namurois d’adoption, il est tombé en amour avec le plat pays, ses musiciens baroques et son autodérision.
Avec Vox Luminis mais aussi, de plus en plus, avec d’autres ensembles, il est un chef demandé aux quatre coins de la planète classique. Consacré à des œuvres de Bach et Telemann célébrant l’Ascension et enregistré avec le Freiburger Barockorchester, leur nouveau disque, Himmelfahrt, vient d’être publié chez Alpha et sera proposé en concert à Bruxelles (Bozar) le 18 mai. Peu avant, Meunier et ses musiciens seront à l’Eglise Saint-Loup de Namur le 28 avril pour un programme autour de la Selva Morale e Spirituale de Monteverdi. Et juste après, ils seront artistes associés des Festivals de Wallonie 2024 et ouvriront notamment le Festival Musiq3 le jeudi 26 juin à Flagey avec The Fairy Queen de Henry Purcell.
Mais s’il chante, Lionel Meunier parle aussi, généreusement, se raconte volontiers et aime partager sa vision du monde et de son art. Tant et si bien que l’heure habituelle d’Autoportrait ne suffira pas à l’écouter et qu’on trouvera, sur le site Musiq3.be et sur Auvio, non seulement le podcast de l’émission diffusée le 21 avril à midi mais aussi une deuxième émission bonus, Le Bis XXL : pour un musicien de 2m05, il fallait bien cela.
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23 - Leonardo Gardia Alarcon, chef d'orchestre
Leonardo García Alarcón. Le patronyme est double, et l’homme est multiple. Claveciniste à l’origine, organiste, chef d’orchestre et chef de chœurs. N’en jetez plus ? Ah si, il est aussi chercheur passionné de musique rare. Et même, à ses heures pas trop perdues, il en écrit : il a créé en 2022 une étonnante Passione di Gesù, et on peut parier qu’il y en aura d’autres. Une rencontre à découvrir dans l’émission Autoportrait de Nicolas Blanmont.
L’homme est multiple, son identité aussi. Argentin, d’abord et fondamentalement, nourri de tango autant que de baroque allemand, et avec cet accent chantant qui donne à chacun de ses propos tant de charme que ni les musiciens avec lesquels il travaille, ni les mécènes qu’il doit parfois séduire, ne peuvent lui résister. Mais aussi Suisse, lui qui, comme il le raconte, débarqua à Genève pour étudier avec Christiane Jaccottet dont les disques lui avaient fait découvrir Bach et ne quitta plus la ville du bout du Léman, où aujourd’hui il vit, enseigne, vient de lancer un nouveau lieu de musique – la Cité bleue – et dirige régulièrement au Grand Théâtre.
Argentin certes, mais pas enfant de Buenos Aires : il est né le 5 août 1976 à La Plata, ville sœur de 200.000 habitants sise à soixante kilomètres au sud-est de la capitale. Une cité surnommée la ville des tilleuls et des diagonales, où les rues n’ont pas de noms mais où les musiciens un peu inventifs – et il l’est ! – peuvent transformer leurs premiers baisers en accords.
Pas sûr qu’on puisse en faire autant à Namur : et pourtant, il y dirige le Chœur de chambre depuis 2010, et sa fidélité à ses troupes d’entre Sambre et Meuse est telle qu’il vient de resigner jusque 2030, tout en précisant poliment mais fermement qu’il était déçu que les autorités n’aient pas accordé au projet classique namurois les subventions qu’il mérite à son sens.
A son agenda pour les prochaines semaines : une version scénique de la Passion selon Saint-Jean de Bach avec le chorégraphe Sasha Waltz à Salzbourg puis Dijon, des reprises de L’incoronazione di Poppea à Toulon et une nouvelle production du Ritorno d’Ulisse in Patria à Aix, le Paulus de Mendelssohn à Genève et une reprise à Namur de Il diluvio universale l’oratorio de Falvetti qu’il a fait connaître. Sans oublier un nouveau disque intitulé Amore siciliano.
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22 - Jos Van Immerseel, claveciniste et pianiste belge
Kuijken, Herreweghe, Jacobs, Van Nevel… : la Flandre est riche d’une formidable génération de spécialistes de la musique ancienne, des musiciens nés au lendemain de la deuxième guerre mondiale et dont la renommée a largement dépassé les frontières de leur région natale.
Parmi eux, Jos Van Immerseel occupe une place particulière. Parce qu’il est tout à la fois claveciniste, organiste et pianiste (ou plus exactement encore pianofortiste), mais aussi parce que ce roi du en même temps a aussi pris sa place comme chef d’orchestre, fondateur et longtemps animateur d’un ensemble d’instruments anciens auquel il a donné son nom (Anima Eterna, l’âme éternelle et donc immer seel). Un orchestre qu’il a emmené de Bach à Gershwin en passant par Mozart, Beethoven, Schubert, Mendelssohn, Liszt, Tchaïkovski, Borodine, Dvorak, Johann Strauss, Janacek ou Carl Orff, et on en oublie. Un orchestre réputé pour sa versatilité à choisir les instruments parfaitement adaptés à chaque répertoire, c’est-à-dire en tenant compte de l’époque précise de l’œuvre mais aussi de la nationalité du facteur – au point qu’on a parfois reproché à Van Immerseel d’accorder plus d’importance à la forme – les instruments – qu’au fond – le discours musical intrinsèque. Un orchestre, aussi, qu’il a récemment laissé voler de ses propres ailes – même s’il dit aujourd’hui regretter cette séparation et semble même sous-entendre, mais en refusant d’aborder le sujet, qu’elle lui a été imposée.
A 78 ans bien sonnés, Van Immerseel vient de publier une anthologie de clavecin français du XVIIIème siècle qu’il défendra en concert au Namur Concert Hall le 22 février. Occasion d’un Autoportrait d’une rencontre où il évoque notamment les instruments qui lui sont chers, ou un amour pour Gershwin qui lui valut quinze jours de renvoi du Conservatoire d’Anvers pour rébellion !
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21 - Hervé Niquet, chef d'orchestre et claveciniste
Pendant quelques années, les auditeurs de France musique aurait pu croire qu’Hervé Niquet était tout simplement le meilleur des chroniqueurs de la station : sa capacité à observer les petits travers du monde musical, son humour ravageur et sa plume élégante faisaient merveille un matin par semaine. Hélas, ou peut-être pas tout à fait hélas, Hervé Niquet avait un autre job dans la vraie vie, et il a dû abandonner la radio. Même s’il se définit comme feignant, il est chef de chœur, chef d'orchestre et découvreur inlassable d'ouvrages oubliés, tout particulièrement de musique française, mais aussi bien pour l'époque baroque que pour le 19e siècle. Sans lui le Centre de musique baroque de Versailles et le Palazzetto Bru Zane n'aurait certainement pas enregistré autant de disques qu'ils l'ont fait ces vingt dernières années.
Né en Normandie dans un monde agricole où la musique n’avait pas droit de cité, d'abord danseur puis pianiste répétiteur choisi par Rudolf Noureev lui-même parce que les danseurs de l'Opéra de Paris appréciaient son dynamisme, sa musicalité et sans doute aussi son humour, Niquet a pris le temps de chanter un peu, notamment pour William Christie, avant de mettre au service de la musicologie son énergie de chineur de brocantes.
Défenseur infatigable du style français, toujours soucieux du juste équilibre instrumental, véritable homme de théâtre, il a notamment collaboré à l'opéra avec les humoristes Shirley et Dino, n'hésitant jamais à pratiquer lui-même l'autodérision. Au disque et parfois aussi à la scène, on lui doit la résurrection de nombre d’oeuvres oubliées, tantôt avec Le Concert Spirituel, l’ensemble baroque qu’il a fondé, tantôt avec divers orchestres européens, y compris le Brussels Philharmonic et le Vlaams Radio Koor dont il a été le chef.
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20 - Giovanni Antoninin flûtiste et chef d'orchestre
On a d’abord découvert Giovanni Antonini comme flûtiste : il était avec le luthiste Luca Pianca et le violoniste Enrico Onofri, un des membres fondateurs, au début des années 80, du Giardino Armonico, cet ensemble italien sur instruments anciens dont les musiciens jouaient debout – sauf éventuellement le claveciniste et les violoncellistes. Peut-être un détail pour vous mais, quand Il Giardino Armonico est apparu sur la scène internationale avec une version décoiffante des Quatre Saisons de Vivaldi, cela voulait dire beaucoup pour un groupe venant d’un pays qui confiait jusque-là ce répertoire à I Musici ou I Solisti Veneti. Tout le monde fut bousculé et rafraîchi par la vivacité et le sens des contrastes des jardiniers harmoniques, même les baroqueux anglais, hollandais ou belges qui monopolisaient jusque-là l’approche historiquement informée de la musique ancienne.
Quarante ans plus tard, Antonini, 59 ans, est toujours là, surtout connu désormais comme chef d’orchestre. Et Il Giardino Armonico est non seulement une référence pour la musique baroque mais aussi pour le répertoire classique, avec notamment une intégrale des 107 symphonies de Haydn en cours, en tandem avec l’Orchestre de Chambre de Bâle dont l’Italien est également, le directeur musical. Mais Antonini dirige aussi des orchestres dits modernes, et pas mal d’opéras : il a souvent travaillé avec Cecilia Bartoli, mais on l’a aussi entendu à l’Opéra de Liège du temps de Stefano Mazzonis.
Mais malgré cette activité intensive comme chef, Antonini n’a jamais abandonné sa flûte à bec. Tout au contraire, il s’est également lancé dans d’autres déclinaisons historiques ou géographiques de son instrument de prédilection, rappelant que c’est l’instrument par lequel on respire le plus naturellement et qu’il y trouve une véritable hygiène de vie.
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19 - Eva Zaicik, mezzo-soprano
Dans la balance commerciale culturelle de la Wallonie, la province de Luxembourg – et plus particulièrement la région de Libramont – tient une place importante. C’est en effet la terre d’origine de deux chanteuses lyriques internationalement connues : Anne-Catherine Gillet règne depuis plus de deux décennies dans le monde international de l’opéra et, plus récemment, Jodie Devos qui marche sur ses traces.
Avec son timbre immédiatement reconnaissable, Gillet a réussi non seulement à être prophétesse en son pays (elle est régulièrement invitée à l’Opéra de Liège et à la Monnaie) mais aussi à s’imposer en France (elle a été la première chanteuse belge à faire la couverture de la revue Opéra Magazine), tout en chantant également en Allemagne en Angleterre en Suisse ou en Espagne. Elle a travaillé avec nombre de chefs d’orchestre de renom, et la liste des rôles qu’elle a interprétés est impressionnante.
Alors qu’elle s’apprête à retrouver la scène du théâtre Royal de Liège pour incarner à nouveau Micaela dans Carmen, on la retrouve dans sa maison du Namurois, au milieu des champs, pour évoquer notamment son enfance de petite fille hyperactive, les bonnes fées qui se sont penchées sur sa carrière ou ses rôles de prédilection.
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18 - Corinne Winters, soprano
Au soir du 7 août 2022, la vie de Corinne Winters a basculé : son interprétation de Kat’a Kabanova, l’héroïne tragique de Janacek, a suscité un tel enthousiasme à Salzbourg que le public, les médias et les professionnels présents l’ont aussitôt intronisée comme nouvelle étoile du Festival. Un sacre comme on n’en avait plus vu dans la ville natale de Mozart depuis celui d’Anna Netrebko en 2005.
Corinne Winters est née en 1983 à Frederick, petite ville de la grande banlieue de Washington. Un prénom d’origine grecque, mais un nom de famille qui évoque les saisons froides : est-ce pour cela qu’elle semble maîtriser avec tant d‘aisance les langues slaves ? Bien sûr, elle chante le grand répertoire italien – Verdi et Puccini surtout – quelques rôles en français, parfois aussi des lieder allemands. Mais c’est en chantant en russe, en polonais et surtout en tchèque qu’elle a gagné ses galons internationaux.
Coïncidence étonnante, Winters est aussi une des rares artistes à s’être déjà produite sur toutes les scènes lyriques belges : Desdemona dans Otello en 2016 et Rachel dans La Juive en 2019 à l’Opéra Flamand, Giorgietta de Il Tabarro et Suor Angelica dans Il Trittico de Puccini en 2022 à la Monnaie et, après un récital en juin 2023, elle revient en janvier 2024 pour incarner Rusalka, l’ondine de Dvorak, à Liège.
Mais ne l’appelez pas diva : ce petit format à la voix puissante, qui parle avec simplicité, dévore compulsivement des romans et n’oublie jamais ses chaussures de running dans sa valise, n’en a ni l’allure, ni les façons.
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17 - Christophe Rousset, claveciniste et chef d'orchestre
On se souvient d’un jeune homme timide, déjà barbu – il allait ensuite être glabre pour quelques décennies avant de revenir récemment à la barbe – sur la pochette d’un disque 33 tours – on n’avait pas encore inventé le CD. En 1983, le monde musical découvrait Christophe Rousset, 22 ans, claveciniste de génie, élève d’Huguette Dreyfus puis de Bob Van Asperen, deuxième seulement à recevoir un premier prix du Concours de Bruges, un concours qui n’avait accordé que des accessits à Christiane Jaccotet, Ton Koopman ou Christopher Hogwood et n’avait couronné jusque-là, douze ans plus tôt, que l’inégalable Scott Ross.
Venu du soleil du Sud de la France, le jeune Rousset allait rentrer dans l’ombre comme pour fuir une lumière qui le mettait mal à l’aise. Mais on allait le retrouver comme assistant de William Christie – notamment pour la fameuse aventure de l’Atys de Lully – puis, très vite, comme claveciniste soliste enregistrant pour Harmonia Mundi ou Oiseau-Lyre, la marque musique ancienne de Decca.
Comme beaucoup, Rousset allait franchir le pas vers la direction d’orchestre en créant son propre ensemble, Les Talens lyriques. Mais à la différence de la plupart de ses collègues, Rousset allait aussi continuer à cultiver son instrument soliste.
Quarante ans plus tard, le Rousset claveciniste génial des années 80 est toujours là, le fondateur des Talens Lyriques est toujours aux commandes de son ensemble – un des plus dynamiques du marché – et Rousset s’est imposé comme chef d’opéra au répertoire assez large – il est même un des seuls à avoir dirigé à la fois à la Monnaie et à l’Opéra Royal de Wallonie –, mais aussi comme spécialiste de Lully et de Salieri.
Sa discographie dépasse largement les cent références, et va de Monteverdi à Gounod en passant par Purcell, Bach, Haendel, Scarlatti, les Couperin, Lully, Rameau, Marais, Pergolesi, Mozart ou Salieri, mais aussi Balbastre, Colasse, Dauvergne, D’Anglebert, Forqueray, Mondonville, Royer, Jomelli, Soler, Sacchini, Spontini, Mehul ou Louise Bertin. On l’a même entendu récemment diriger du Wagner sur instruments anciens pour un disque du ténor américain Michael Spyres. A la rentrée 2024, on l’attend même dans la fosse de Bayreuth : pas la fosse couverte du Festspielhaus, mais celle du délicieux théâtre des Margraves pour l’Iphigénie en Aulide de Porpora, donné dans le cadre du festival Bayreuth Baroque.
Mais Rousset n’est plus timide : il parle avec une volubilité châtiée, et prend volontiers la pose – sonore – pour un Autoportrait.
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16 - Augustin Hadelich, violoniste
De passage à Bruxelles pour jouer le concerto de Brahms qu’il aime tant, Augustin Hadelich prend le temps de se raconter à la veille de ses quarante ans. Né le 9 avril 1984 en Toscane de parents allemands agriculteurs, il s’est vite révélé extrêmement doué pour le violon, à tel point que quelques grands maîtres comme Uto Ughi, Christoph Poppen ou Norbert Brainin, qui passaient à proximité de la ferme familiale sont venus lui donner des cours ou des conseils.
Avec un premier concert public à l’âge de sept ans, Hadelich était parti pour une carrière météoritique d’enfant prodige, à laquelle l’artiste n’aurait peut-être pas survécu quand, à l’âge de 15 ans, il a été grièvement blessé quand le carburant d’un tracteur de la ferme familiale a pris feu. Transféré en hélicoptère vers un centre de grands brûlés, l’adolescent a failli ne pas survivre. Mais l’artiste a été plus fort que tout. Il a fallu réparer les doigts, les bras et ce visage qui porte à jamais les traces de l’accident, mais Hadelich a repris le violon envers et contre tout. Diplômé de la Juilliard School, il a remporté en 2006 le Concours d’Indianapolis, une compétition où il faut savoir jouer vite mais pas seulement.
Depuis, Hadelich, qui a pris entretemps la nationalité américaine, mène une vie de grand violoniste aux quatre coins de la planète. Au micro d’Autoportrait, il raconte ses rituels d’avant concert, la façon dont il construit ses programmes, son rapport à la musique de chambre, son goût pour les tuttis et ses choix de cadences, l’importance des disques pour lui ou encore les spectateurs qui baillent pendant un concert.
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15 - Anne-Catherine Gillet, soprano belge
Dans la balance commerciale culturelle de la Wallonie, la province de Luxembourg – et plus particulièrement la région de Libramont – tient une place importante. C’est en effet la terre d’origine de deux chanteuses lyriques internationalement connues : Anne-Catherine Gillet règne depuis plus de deux décennies dans le monde international de l’opéra et, plus récemment, Jodie Devos qui marche sur ses traces.
Avec son timbre immédiatement reconnaissable, Gillet a réussi non seulement à être prophétesse en son pays (elle est régulièrement invitée à l’Opéra de Liège et à la Monnaie) mais aussi à s’imposer en France (elle a été la première chanteuse belge à faire la couverture de la revue Opéra Magazine), tout en chantant également en Allemagne en Angleterre en Suisse ou en Espagne. Elle a travaillé avec nombre de chefs d’orchestre de renom, et la liste des rôles qu’elle a interprétés est impressionnante.
Alors qu’elle s’apprête à retrouver la scène du théâtre Royal de Liège pour incarner à nouveau Micaela dans Carmen, on la retrouve dans sa maison du Namurois, au milieu des champs, pour évoquer notamment son enfance de petite fille hyperactive, les bonnes fées qui se sont penchées sur sa carrière ou ses rôles de prédilection.
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14 - Andreas Scholl, contre-ténor
Le monde classique découvre régulièrement de nouveaux contre-ténors, les bombarde le plus souvent au firmament de l’industrie musicale en les qualifiant de voix des anges ou des étoiles, puis les oublie peu à peu. C’est qu’il y a ici plus qu’ailleurs des effets de mode, et que la longévité de leur voix est parfois limitée. Certains se recyclent brillamment, d’autres disparaissent complètement des radars.
Né à Eltville, un petit bourg de la région vinicole de Mayence, Andreas Scholl a été ainsi mis sur orbite au début des années 90. S‘il n’était pas devenu chanteur, il aurait pu être vigneron, maraîcher, moine ou militaire. Mais près de sa ville natale, il y avait, dans le village de Kiedrich, une maîtrise où il a fait ses débuts à 7 ans. Il s’est finalement retrouvé à la Schola Cantorum de Bâle, où il a été formé par deux maîtres, deux contre-ténors très différents mais éminemment complémentaires dans ce qu’ils lui ont apporté : le Belge René Jacobs, et l’Américain Richard Levitt.
Près de trente ans plus tard, à 56 ans, il est toujours là. Toujours chanteur, devenu également professeur, mais ni chef d’orchestre, ni metteur en scène, ni directeur de festival. Il ne se produit plus à l’opéra, essentiellement pour des raisons familiales, mais donne encore pas mal de concerts, notamment avec son épouse, la pianiste et claveciniste Tamar Halperin. Et si son dernier disque le ramène au baroque italien avec des évocations de la souffrance de la Vierge Marie signées Vivaldi, Porpora, Vinci ou Anfossi, il est toujours passionné de musique électro et de rock, quitte à troquer sa voix de tête pour une voix de poitrine plus traditionnelle. Mais il est aussi devenu un sage que l’on écoute avec autant de plaisir quand il parle que quand il chante.
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13 - Alain Altinoglu, chef d'orchestre
On l’a oublié aujourd’hui, mais vers 2015, l’Orchestre de la Monnaie n’était plus très en forme. Après les ères mémorables d’Antonio Pappano puis de Kazushi Ono, il était resté plusieurs années sans directeur musical.
Alors, quand on a su qu’Alain Altinoglu avait accepté le poste, on s’est réjoui. Ce chef français alors âgé de quarante ans – il est né le 9 juillet 1975 à Paris – arrivait précédé d’une réputation élogieuse et d’états de services impressionnants : il venait même de faire ses débuts à Bayreuth dans Lohengrin.
Altinoglu avait déjà dirigé à la Monnaie Cendrillon de Massenet en 2011, et la rencontre avait été parfaite. Le conte de féées s’est poursuivi quand il a pris ses fonctions à Bruxelles en 2016 : on a tout de suite senti que le courant passait, que le niveau de l’orchestre remontait rapidement, et le Français s’est engagé sans compter pour diriger des opéras bien sûr, mais aussi pour des concerts symphoniques soigneusement choisis en résonnance avec la programmation lyrique, pour le renouvellement de l’effectif de l’orchestre, pour la défense du répertoire belge. Tout récemment, il a même été associé au choix de Christina Scheppelmann, la future patronne de la Monnaie.
Et que ce soit dans la musique d’aujourd’hui, dans le répertoire russe, dans Puccini ou dans Wagner, les lectures d’Altinoglu se sont toujours révélées inspirées, théâtrales et expressives, avec, en plus, une sorte de mimétisme sonore avec la lecture du metteur en scène. On peut carrément parler de miracle Altinoglu.
Alain Altinoglu dirigera prochainement l'orchestre de La Monnaie dans le second volet de la tétralogie de Wagner, La Walkyrie, que Musiq3 vous fera vivre en direct radio et Auvio le 6 février prochain.
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12 - Anne-Sofie Von Otter
Est-ce parce que son arrière-grand-père fut premier ministre de Suède au début du XXe siècle, et son père Baron et diplomate ? Parce que sa stature de grande blonde suédoise dépasse largement le mètre 80 ? Ou tout simplement parce qu’elle a joué l’emblématique rôle de la Grande-Duchesse de Gerolstein qui, selon Offenbach, aime les militaires, aime les militaires ? Toujours est-il que l’évocation d’Anne-Sofie Von Otter évoque tout à la fois des concepts de noblesse et d’élégance, mais aussi d’une certaine raideur, voire froideur. Formée à la Guildhall School de Londres puis passée par la troupe de l’Opéra de Bâle, la mezzo-soprano avoue d’ailleurs avoir éprouvé certaines difficultés à s’assumer comme comédienne quand elle a commencé à devenir chanteuse d’opéra.
Valeur sûre de l’écurie Archiv, le label de musique ancienne de la Deutsche Grammophon, égérie des Gardiner, Minkowski et Goebel, mais prisée aussi par les Abbado ou Solti, Von Otter a été une véritable star du monde classique à l’époque du CD roi où l’industrie discographique dépensait sans compter. Elle a enregistré et tenu à la scène les grands emplois de mezzos mozartiens (Cherubino, Sesto, Idamante…) ou straussiens (Octavian, le Compositeur…), mais aussi plusieurs premiers rôles des opéras de Monteverdi, Purcell, Haendel et Gluck. Ainsi, aidée de quelques metteurs en scène majeurs, elle a pu surmonter sa gaucherie scénique jusqu’à incarner Carmen au Festival de Glyndebourne, un pari qui n’était pas gagné d’avance
Alors qu’elle entrera en 2025 dans sa huitième décennie, Von Otter continue de ses produire régulièrement, tant en concert que sur les scènes d’opéra. A la Monnaie de Bruxelles, elle fut en 2022 une inoubliable Comtesse dans La dame de Pique de Tchaïkovski, puis incarna fin 2024 le rôle de Justina, la gouvernante sadique du plus sadique encore évêque Vergerus dans Fanny and Alexander, l’opéra de Mikael Karlsson tiré du film éponyme de Bergman. Et de la même façon qu’elle aime le jazz, la pop et le rock autant que les compositeurs contemporains, elle avoue une certaine prédilection pour les personnages déconstruits, voire franchement décalés.
Elle sera le 20 février à Bruges pour un concert de musique du début du XXe siècle avec l’ensemble Oxalys et, en juin, on pourra la retrouver à l’Opéra de Cologne dans le rôle de l’Angelus Novus dans Les derniers jours de l’humanité, le nouvel opéra du compositeur français Philippe Manoury.


11 - Jérôme Lejeune, musicologue, gambiste et homme de radio belge
Jérôme Lejeune est un paradoxe apparent. En principe, c’est un homme de l’ombre. Producteur de disques, fondateur de Ricercar, un label indépendant qui dépasse les 500 références qu’il a toutes, amoureusement, pensées et menées à bien, on se dit qu’il doit avoir assez à faire pour passer sa vie dans les studios d’enregistrement. Voire dans les églises qu’il aime transformer en studios parce qu’elles recèlent un orgue exceptionnel, ou simplement pour leur acoustique.
On sait qu’il joue également de la viole de gambe. Mais pas comme soliste, plutôt comme renfort dans un consort de violes ou un autre ensemble de musique baroque. Né en 1972, il a notamment été un des musiciens du mythique Musica Aurea, un groupe pionnier du mouvement baroqueux en Belgique dans les années 70. Mais, en principe, c’était aussi un rôle de l’ombre.
Lejeune est encore un passionné de lutherie et d’organologie, capable de faire fabriquer un instrument rare pour l’utiliser dix minutes sur un seul disque, mais aussi de consacrer des disques entiers, voire des coffrets, à l’évolution instrumentale dans une période reculée. Là aussi, pas de quoi s’exposer aux foules.
Et pourtant, la voix de cet homme de l’ombre, à la fois douce et chaleureuse, est sans doute familière aux auditeurs les plus chevronnés de Musiq3. C’est que Jérôme Lejeune a été une des présentateurs vedettes de notre radio pendant plus de trois décennies, même quand on l’appelait encore le troisième programme. Le matin des baroqueux ou Musique ancienne aujourd’hui, ce furent une voix et une compétence familières en soirée puis, longtemps, les samedis matin.
Aujourd’hui, Lejeune vit en France, mais le public du festival de Stavelot l’apprécie toujours, présentateur des soirées de concert capable de raconter les œuvres sans les moindres fiches, comme si tous les secrets du répertoire connu et inconnu se trouvaient au fond de sa mémoire.
Et son label Ricercar aura 45 ans en 2025.
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10 - Thomas Hampson, baryton
Thomas Hampson est un monument. Par sa stature, élevée et élégante, bien sûr, mais aussi par sa voix de baryton lyrique, qui séduit et qui émeut depuis près d’un demi-siècle. Né dans l’Etat de Washington, il a eu pour mentors vocaux Marietta Coyle (une élève de Lotte Lehman), Elisabeth Schwarzkopf, Martial Singher et Horst Günther.
Depuis quatre décennies, on l’a entendu sur toutes les grandes scènes d’Europe et d’Amérique, dans Mozart, Verdi ou Puccini, dans quelques rôles wagnériens soigneusement choisis ou encore dans Figaro de Rossini, Eugene Oneguine de Tchaïkovski, Mandryka de Strauss ou Wozzeck d’Alban Berg. Mais il n’a jamais reculé devant les répertoires plus rares : Hamlet d’Ambroise Thomas, le Roi Arthus de Chausson et le Roi Roger de Szymanowski, Doktor Faust de Busoni, Mathis der Maler de Hindemith ou de nombreuses oeuvres contemporaines, de Friedrich Cerha à Rufus Wainwright en passant par John Adams – il a été le Nixon de Nixon in China.
Interprète fétiche de Nikolaus Harnoncourt, il s’est aussi produit avec James Levine, Riccardo Muti, Claudio Abbado, Wolfgang Sawallisch, Leonard Bernstein et tant d’autres, ainsi qu’avec la plupart des grands metteurs en scène lyriques. Dans la dernière décennie du siècle passé et dans la première de celui-ci, il a été un des chanteurs les plus en vue au Festival de Salzbourg, incarnant notamment Don Giovanni pour Harnoncourt, le père Germont aux côtés d’Anne Netrebko et Rolando Villazon dans la mythique Traviata de Willy Decker, ou encore le Marquis de Posa dans Don Carlos pour Pappano et Stein.
Hampson est un monument de l’opéra, bien sûr, mais pas seulement : il chante, enregistre et enseigne la mélodie depuis longtemps, forme des jeunes chanteurs dans l’académie de Lieder qu’il anime à Heidelberg et a créé aux Etats-Unis la fondation Hampsong, une organisation philanthropique qui promeut le dialogue et la compréhension interculturels à travers l'art de la poésie mise en musique.
A partir de ce 1er décembre et jusque Noël, Thomas Hampson sera sur la scène de la Monnaie à Bruxelles pour incarner l’antipathique personnage de l’évêque Vergerus dans la création mondiale de Fanny et Alexandre, opéra de Michael Karlsson tiré du film éponyme d’Ingmar Bergmann.
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9 - Nicolas Achten, baryton, claveciniste, luthiste, harpiste et chef d'orchestre belge
Avant de désigner un ensemble de musique ancienne, Scherzi Musicali était seulement connu comme le titre d’un recueil publié en 1607 par Claudio Monteverdi. Ce n’est évidemment pas un hasard si Nicolas Achten a choisi ce nom pour l’ensemble qu’il a fondé alors qu’il avait seulement 14 ans : le répertoire du haut baroque italien reste son socle de référence.
Mis à part ceux qui, un peu ahuris de son enthousiasme précoce, avaient découvert en ce ketje de Bruxelles parfaitement bilingue un passionné de musique ancienne, allant consulter des manuscrits de Fiocco à la Bibliothèque Royale à 11 ans et fondant son propre ensemble – Scherzi musicali – à 14 ans, personne ne pouvait deviner alors tout ce qu’allait accomplir ce jeune homme passionné. Depuis lors, en une peu plus d’une décennie, Achten s’est imposé comme un des noms qui comptent dans le monde de la musique ancienne. Il est chanteur et chef, mais joue aussi du clavecin, du luth et de la harpe, deux instruments qu’il enseigne d’ailleurs aujourd’hui au Conservatoire de Bruxelles. Il enseigne également le chant et reste chanteur avant tout, même s’il a traversé une véritable crise vocale à cause d’un Covid long.
Scherzi Musicali a grandi avec Achten, et ils ont signé ensemble plusieurs enregistrements majeurs de la musique italienne du XVIIe siècle : l’Euridice de Caccini, les Intermèdes de La Pellegrina, mais aussi Sances, Bertali, Mazzochi, Colonna, Alessandro Scarlatti ou même Purcell. Mais ils ont également à cœur d’explorer la vie musicale belge de l’époque baroque, avec des disques consacrés à Fiocco, Hamal ou Van Helmont.
Publié chez Ricercar, leur dernier disque, un double album intitulé Il Concerto Caccini, réunit des œuvres de Francesco Caccini, mais aussi la musique de ses filles Francesca et Settimia. Le disque a été choix de Musiq3 et couronné d’un Diapason d’Or.
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8 - Caroline Shaw, compositrice
La nouvelle étoile de la musique contemporaine américaine s’appelle Caroline Shaw. Née le 1er août 1982 à Greenville (Caroline du Nord), celle qui est ou a été tout à la fois violoniste, violoniste baroque, pianiste, chanteuse et compositrice a été couronnée d’un Prix Pulitzer en 2013, âgée donc de 30 ans à peine.
L’œuvre primée s’intitulait Partita for 8 voices, 4 morceaux pour huit chanteurs : elle fut créée individuellement par l'octuor vocal Roomful of Teeth entre 2009 et 2011, avant une création intégrale le 4 novembre 2013, et elle reste une des pièces les plus emblématiques de Caroline Shaw. Roomful of Teeth l’a enregistrée pour le label New Amsterdam, et l’ensemble continue de l’interpréter aux quatre coins du monde.
Passée par les Universités de Princeton et Yale, Caroline Shaw réussit à composer une musique d’apparence plutôt simple, le plus souvent pour des effectifs réduits, et capable de séduire le public de façon immédiate : sa démarche s’inscrit dans une certaine tradition américaine – qu’on l’appelle minimalisme ou pas – mais, en même temps, son style est assez singulier pour être reconnaissable. Sa formation de violoniste l’a conduite souvent à travailler pour quatuor à cordes – tout particulièrement le Attaca Quartet ou le Kamus Quartett – mais la façon qu’elle a de mêler sa propre voix à ses compositions est tout à elle : on connaît peu d’autres compositeurs qui chantent eux-mêmes leur musique avec les instrumentistes. Ce qui ne l’empêche pas d’écrire pour d’autres voix, classiques comme la mezzo-soprano suédoise Anne-Sofie Von Otter ou la soprano américaine Renée Fleming, mais aussi non classiques comme Kanye West ou Rosalia.
Evoluant sur une ligne de crête entre le classique contemporain, la musique folk et parfois même le rock, Caroline Shaw est également membre du duo pop rock Ringdown, dont le premier album est en préparation.
En ce mois de novembre 2024, Caroline Shaw est à l’honneur à Bozar à Bruxelles, avec des œuvres programmées les 21 et le 26 novembre, et une rencontre avec le public le 25. Elle vient par ailleurs de signer un important contrat avec Warner Classics, qui a d’ailleurs publié la musique qu’elle a composé pour un film sur Leonardo Da Vinci.
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7 - Lucile Boulanger, violiste
Vous adorez Marin Marais, Sainte-Colombe et tous les géants de la viole de gambe dans l’Europe du XVIIe siècle ? Vous vous jetterez sur les enregistrements de la violiste française Lucile Boulanger, en solo ou avec l’Ensemble Correspondances de Sébastien Daucé, Les Talens Lyriques de Christophe Rousset, Pygmalion de Raphaël Pichon ou Ricercar Consort de Philippe Pierlot. Et vous serez ravi de l’entendre se raconter dans Autoportrait.
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6 - Vincent Dumestre, luthiste, guitariste et chef d'orchestre
On le connaît aujourd’hui comme chef du Poème harmonique, l’ensemble qu’il a fondé en 1998 et avec lequel il multiplie concerts et enregistrements. Mais en amont de cela – il est né en plein mai 68 - Vincent Dumestre a mené toute une carrière dans l’ombre avant de s’exposer ainsi au pupitre. Venu au monde au sud de la France dans une famille dont les préférences allaient à la musique folk, il a commencé son parcours de musicien comme guitariste avant d’obliquer vers le luth et le théorbe en suivant notamment les enseignements d’Hopkinson Smith ou Rolf Lislevand.
Il a ensuite découvert le répertoire de la musique ancienne, mais aussi l’expérience de la scène, avec quelques célèbres ensembles – La Grande Ecurie et la Chambre du Roy, Les Musiciens du Louvre ou même le Ricercar Consort – avant de décider de voler de ses propres ailes. Réalisés pour le tout jeune label Alpha, ses premiers enregistrements ont permis de redécouvrir des compositeurs italiens oubliés comme Bellerofonte Castaldi ou Domenico Belli. Puis, très vite, il a été un guide précieux dans le monde négligé du baroque français du XVIIe, et notamment des airs de cour à la française, avec Moulinié, Guédron ou Boesset.
Avec le metteur en scène Benjamin Lazar, il a été à l’origine d’une reconstitution à la fois scrupuleusement fidèle et somptueuse du Bourgeois Gentilhomme de Molière et Lully en 2004. Dans la foulée, s’est fait de plus en plus présent dans le monde de l’opéra, au disque mais aussi parfois dans les fosses des théâtres.
Il est également à la direction artistique de plusieurs festivals – en Normandie et en Pologne notamment -, et engagé dans plusieurs programmes éducatifs – dont un Concours international de chant baroque. Et il vient en plus de se lancer dans un projet d’édition de manuscrits anciens.
Son dernier disque paru est un très bel enregistrement de l’Armide de Lully, mais on attend avec curiosité sa prochaine révélation: ce sera L’uomo femmina, un opéra de Baldassare Galuppi abordant la question de la transidentité et qui sera mis en scène par la comédienne Agnès jaoui. Des représentations sont prévues à Dijon, Caen et Versailles, avec la perspective d’un enregistrement pour le label du Château de Versailles.
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5 - Beatrice Rana, pianiste
A trente ans à peine, Beatrice Rana est venue raviver une grande lignée de pianistes italiens qui, surtout depuis la disparition récente de Maurizio Pollini, avait un peu tendance à s’étioler. Native des Pouilles, elle a passé son enfance dans une famille de musiciens qui a très vite fait d’elle une enfant de la balle. A neuf ans, elle jouait en public un concerto de Bach.
Elève de Benedetto Lupo au Conservatoire de Monopoli, elle a ensuite poursuivi sa formation à la Hochschule für Musik de Hanovre avec le pianiste et pédagogie israélien Arie Vardi, avant de revenir au pays pour retrouver Lupo à l’Accademia Santa Cecilia de Rome. Elle y a aussi rencontré un chef charismatique qui comptera beaucoup pour elle : Antonio Pappano, patron de la formation romaine et directeur musical du Covent Garden de Londres, mais aussi ancien directeur musical de la Monnaie.
Entretemps, Rana a décroché un premier prix au Concours de Montréal en 2011, puis la médaille d’argent au Concours van Cliburn au Texas en 2013, qu’elle a préféré cette année-là au Concours Reine Elisabeth, auquel elle avait également été admise à participer mais qui tombait juste en même temps.
Ces dernières années, elle a également lancé un festival de musique de chambre dans les Pouilles, qu’elle dirige toujours, et a même trouvé le temps, pendant la pandémie, d’assurer la direction artistique d’un orchestre de jeunes.
Depuis une dizaine d’années, elle enregistre en exclusivité pour Warner Classics. Son dernier disque, sorti au printemps 2024, réunissait la sonate Hammerklavier de Beethoven et la deuxième sonate de Chopin.
Elle sera ce mardi 8 octobre 2024 à Bozar à Bruxelles pour jouer Mendelssohn, Brahms et Ravel.
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4 - Florian Noack
Chaque semaine Nicolas Blanmont reçoit un artiste du monde musical pour brosser, le temps d'une émission, son autoportrait.
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30 - Laurence Equilbey, cheffe d'orchestre
Armand Seguin, chimiste du XVIIIe siècle, est passé à la postérité pour avoir inventé une méthode pour tanner le cuir. Il acheta à l’Ouest de Paris une vaste île sur la Seine à laquelle il laissa son nom, une île qui allait abriter ensuite les usines Renault de Billancourt. Fermées en 1992, démolies une dizaine d’années plus tard, elles ont laissé place aujourd’hui à une formidable salle de musique sphérique aux allures futuristes, la Seine Musicale. Une salle qui abrite l’Insula Orchestra, fondé en 2012 par la cheffe Laurence Equilbey qui s’était déjà fait connaître précédemment par la qualité de son chœur Accentus, qu’elle avait créé vingt ans plus tôt.
Née le 6 mars 1962 à Paris, Equilbey s’est formée au chant puis à divers instruments avant de commencer sa carrière comme chanteuse de chœur – notamment au sein du fameux Arnold Schönberg Chor de Vienne – puis très vite, de se diriger vers la direction. Après d’être fait connaître et reconnaître dans le répertoire choral – qu’elle a étendu à coup de créations et de transcriptions – elle a gagné peu à peu ses galons de chef symphonique et lyrique, notamment dans le répertoire romantique allemand qui lui est cher, mais aussi dans la défense et l’illustration de compositrices injustement oubliées comme Louise Farrenc, Augusta Holmes ou Emilie Mayer.
Passionnée d’art contemporain, Equilbey est aussi ouverte aux musiques non classiques d’aujourd’hui ainsi qu’aux technologies nouvelles, qu’elle a souvent utilisées pour des projets novateurs qui cherchent constamment à attirer vers le répertoire classique des publics moins favorisés.
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2 - Ophélie Gaillard
C’est bien malgré elle qu’Ophélie Gaillard a fait parler d’elle en 2024. Son violoncelle Goffriler, qui lui avait déjà été volé en 2018 avant d’être retrouvé peu après, lui a nouveau été volé. Heureusement, cette fois encore, mais après quelques longs mois d’angoisse, la police a de nouveau récupéré l’instrument.


1 - Ariane Matiakh
Il y a quelques mois, France Bleu Breizh Izel, la station régionale bretonne de Radio France, avait présenté Ariane Matiakh comme "La cheffe d'orchestre mondialement connue de Guimaëc". C’est que cette cheffe d’orchestre à la réputation bien assise internationalement a effectivement élu son domicile de cœur dans cette petite commune du Finistère, proche de Morlaix. Pourtant, Matiakh n’a aucune ascendance bretonne. Elle est née à Paris le 2 janvier 1980 de parents qui étaient tous les deux chanteurs d’opéra, avec côté paternel une ascendance ukrainienne – d’où son patronyme – et du côté maternel une grand-mère italo-antillaise qui était allée s’installer en Bretagne et qui dut, souvent, garder cette petite-fille qui rêvait de voyager dans les étoiles avant d’en devenir une elle-même.
Après une éducation musicale traditionnelle – piano et direction – dans un conservatoire régional de la banlieue parisienne, Matiakh est partie se formée à Vienne auprès de Leopold Hager, en profitant aussi pour chanter dans le chœur Arnold Schönberg où elle dit avoir énormément appris aussi, notamment avec Nikolaus Harnoncourt. Si elle est régulièrement invitée dans sa France natale, l’essentiel de la carrière de cette parfaite polyglotte s’est fait jusqu’ici en Scandinavie et en Allemagne, avec notamment un poste de directrice musicale à Halle puis, aujourd’hui, comme patronne de la Philharmonie du Wurtemberg basée à Reutlingen, pas loin de Stuttgart.
Elle a dirigé un peu partout en Europe, tant dans le répertoire symphonique que dans le lyrique, avec notamment des passages à l’Opéra-Comique de Berlin et à celui de Paris, à l’Opéra royal de Stockholm, au Covent Garden de Londres ou encore aux opéras d’Amsterdam, Nice ou Strasbourg.
Au disque, elle enregistre pour le label autrichien Capriccio, cultivant avec raffinement le sens de la rareté avec notamment à son actif des œuvres de Charles Koechlin, Jean Françaix, Johanna Doderer, Zara Levina, Clara Schumann, Harald Genzmer ou Ernst von Dohnányi. On a vu plus mainstream…
En ce mois de décembre 2024, Ariane Matiakh est dans la fosse de la Monnaie pour diriger la création mondiale de Fanny and Alexander, opéra de Mikael Karlsson d’après le film éponyme d’Ingmar Bergman. On attend impatiemment la retransmission du spectacle sur Musiq3 et Auvio le 13 décembre.